Quoi de neuf docteur?

Je fais des crises d’angoisse

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Sainte-Luce, Martinique, Décembre 2018

Depuis des années…maintenant comme ça, d’une seconde à une autre, avec ou sans facteur déclenchant, je n’arrive plus à respirer, j’ai l’impression que je tombe, que je tombe, que tout tourne autour de moi, que je ne vais pas m’en sortir.

Avant je prenais des beta bloquants (automédication of course) quand vraiment c’était compliqué et un jour ça n’allait tellement pas que j’en ai pris plusieurs et j’ai eu peur pour mon rythme cardiaque (de finir aux urgences, qu’on pense que j’avais fait une tentative de suicide, que je meure…) alors j’ai décidé de faire autrement…

Après j’appelais ma mère au téléphone parce que sa voix m’apaisait, ça marche toujours mais j’avais envie de prendre le problème autrement et puis j’avais aussi envie d’arrêter d’emmerder les gens.

Elles avaient disparu pendant plus d’un an, quand tout allait à peu près bien, que je faisais de la méditation, que je voyais ma coach régulièrement, que j’étais légère et puis elles sont revenues.

Comme un fantôme sombre dessus de ma tête, il glisse des mots dans mes oreilles, il réveille mes peurs profondes et après ça tourne en boucle.

C’est compliqué à vivre au quotidien, parce que ça peut me prendre comme ça, en promenant mon chien, en recevant un texto, en allant sur internet, en regardant un film.

Je n’arrive plus à respirer, je suis prise de vertiges, mon coeur s’accélère et palpite, j’ai des bouffées de chaleur et j’ai l’impression de ne plus faire partie de mon corps, ça tourne, ça tourne, ça tourne, je tombe, je tombe, je tombe.

Ça dure plus ou moins longtemps et quand ça m’arrive maintenant, je fais de la respiration abdominale et je m’allonge au sol.

La respiration abdominale fonctionne assez bien, il faut se concentrer uniquement sur le souffle.

EXERCICE DE RESPIRATION ABDOMINALE : 5 À 10 MINUTES PAR JOUR
Choisis un endroit calme où personne ne puisse te déranger. Allonge-toi sur le dos (sur ton lit si tu veux), prends une couverture pour te réchauffer si besoin et mets un coussin sous ta tête.
Ferme les yeux pour tourner ton regard vers l’intérieur. Détends-toi le plus possible et prends conscience des points de contact de ton corps avec le support (dos, tête, mains…).
1/Bouche fermée, inspire par le nez en gonflant le ventre
L’air pénètre dans tes poumons, puis ton diaphragme s’abaisse pour laisser à la cage thoracique la place de s’ouvrir au maximum. Ne force pas.
Ne gonfle pas la poitrine en inspirant. La respiration doit être naturelle. Mets ta main sur ton ventre pour t’assurer que ton ventre se soulève bien.
2/ Bouche fermée, gardez l’air pendant quelque secondes
3 à 10 secondes suffisent. Avec la pratique, tu arriveras progressivement à augmenter cette durée et éprouver davantage de plaisir à le faire.
3/Expire par la bouche en rentrant le ventre
Vide l’air qu’il contient. Lorsque tes poumons sont pleins, tes muscles abdominaux poussent ton diaphragme vers le haut, l’air est alors expulsé. L’air doit sortir tout seul, comme un ballon de baudruche qui se dégonfle.
4/ Bouche fermée, reste les poumons vides pendant quelque secondes
3 à 10 secondes suffisent. Avec la pratique, tu arriveras progressivement à augmenter cette durée et éprouver davantage de plaisir à le faire. Attends calmement d’avoir envie d’inspirer.

Techniquement, c’est quelque chose que tu peux faire quotidiennement, moi je ne le fais qu’en cas de crise parce que le reste du temps, je n’y pense pas.

Je m’allonge au sol ou sur mon lit (ce n’est pas toujours possible), je ferme les yeux, j’entre ouvre toujours la bouche (parce que sinon mes mâchoires se serrent), j’ouvre les mains (sinon mes poings se ferment), je mets mes orteils en éventail (sinon mes orteils se crispent) et j’attends que ça passe.

Avant, mon corps tout entier pouvait se crisper, c’était assez impressionnant. Des gens ont essayé de m’ouvrir les mains sans jamais y arriver. Maintenant, ça n’arrive plus vraiment, je ne sais pas pourquoi mais tant mieux.

Ce n’est absolument pas rationnel, c’est bien ça le problème et c’est pour cela que je n’appelle pas grand monde quand ça arrive parce que tout le monde ne comprend pas et essayer de me raisonner n’a pas vraiment de sens ni d’impact. Je sais que ce n’est pas réel mais il n’empêche que ça arrive et qu’à ce moment là c’est ma réalite.

Pendant mes crises d’angoisse, je peux pleurer ou pas, ça dépend mais c’est toujours en silence. Un silence écrasant, un silence étouffant, un silence glaçant. Peu importe, le bruit autour, il règne toujours un grand silence à l’intérieur de moi et de ma tête.

Pendant mes crises d’angoisse, j’ai peur, j’ai peur de finir seule, j’ai peur de ne pas être aimée, j’ai peur de ne pas aimer, j’ai peur de rater, j’ai peur de perdre, j’ai peur de mourir tout de suite, j’ai peur que tu meures tout de suite…

Mes insécurités misent à nue, mes insécurités qui me foutent en l’air et ça tourne en boucle, ça tourne en rond…

Une fois que c’est passé en général, je suis très fatiguée physiquement parce que ça demande beaucoup à mon corps, j’ai une migraine et j’ai un poids au niveau des cervicales et de mes mâchoires. Il peut aussi arriver que j’aie mal au ventre ou que ma hanche droite se bloque de nouveau.

En général, quand ça arrive, j’essaie de prévenir certaines personnes. Des gens qui ne sont pas forcément là et qui ne peuvent pas débarquer mais juste pour qu’iels sachent au cas où je ne réponds plus pendant des heures. (ça dure entre 30 minutes et 2h chez moi environ)

Cette année, j’en ai fait beaucoup et je l’ai vécu comme une faiblesse. J’ai eu peur de dire que ça n’allait pas, parce que je le vivais comme un échec. Parce que j’avais l’impression de reculer, parce que j’avais peur du jugement que certain.e.s pourraient avoir envers moi, parce que ce qui fonctionnait avant, ne fonctionnait plus maintenant, parce que je n’y arrivais plus toute seule. Il a fallu que je réapprenne à vivre avec ce fantôme qui me pourrit l’existence. Il a fallu que je réapprenne avec cette partie de moi. Il a fallu que j’accepte de nouveau cet aspect de mon quotidien.

Alors en 2019, j’ai décidé de reprendre soin de moi, de reprendre mon suivi, de tester de nouvelles choses parce que les anciennes ne fonctionnent plus forcément.

Je t’écris tout ça pendant justement une crise d’angoisse (on est vendredi, je suis en vacances et il est 19h20) et je me rends compte que l’écriture vient de m’aider et que peut-être ça pourra t’aider aussi.

Take Care

PS: Ne reste pas seul.e 

Quoi de neuf docteur?

« On ne peut pas plaire à tout le monde »

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San Francisco, California, USA, Décembre 2017

Et d’ailleurs il ne faut pas…

J’étais absente pendant qq temps…suffisamment pour que je m’en rende compte et que vous en rendiez compte aussi.

J’ai écrit une dizaine de brouillons pour expliquer le pourquoi du comment, parce que sinon je n’arrivais pas à écrire d’autres articles. Mais même ceux là, je n’y arrivais pas parce que c’était dur.

Octobre c’est pas mon mois, tous les ans j’y vis des trucs + ou – désagréables qui nécessitent des aménagements dans ma vie.

Cette année, j’ai eu un problème au travail. Quelqu’un (un mec…donc même pas une patiente) n’a pas été content de mon travail, a menacé de porter plainte etc etc. Je ne vais pas raconter ici le pourquoi etc parce que ça n’a rien d’intéressant ni d’utile pour la suite.

Bon tu me connais un minimum, tu sais que j’adore mon travail et que j’y mets vraiment du mien.

Dans la situation problématique, j’ai fait mon maximum compte tenu des éléments et ça n’a pas suffi. (J’ai tendance à dire que tout le monde a raison parce que la vérité est subjective en fait tout dépend avec quelle lunette tu regardes une situation anyway)

ÇA M’A TUÉ LE MORAL

Pour diverses raisons que je vais t’exposer…

1/ J’ai eu peur de perdre mon travail. En réalité, il n’en a JAMAIS été question. Mais bon ma tête a fait des petites réflexions en toile d’araignée.

Ça a commencé comme ça : « Ok donc je suis inconfortable. Pour être confortable, peut-être faut-il que je change d’endroits de travail? Ouais mais j’adore mon lieu de travail, en plus c’est pas loin, j’ai un salaire convenable, des horaires cool. Ok donc peut-être qu’il faut que tu changes de mode d’exercice? Ok donc ailleurs, il faudra que je travaille plus, je vais être fatiguée et de mauvaise humeur mais je vais gagner de l’argent. Ok mais si tu travailles comme maintenant, tu gagneras moins d’argent, peut-être faudra-t-il changer d’appartement. Ok donc changer d’appartement, merde j’aurais du accepter ma titularisation, comment je vais faire pour trouver un appartement cool? Encore des visites? Mais bordel pourquoi tu n’as pas acheté en janvier? Ouais mais d’un autre côté comment j’aurais fait pour payer mes mensualités là? Bordel on est dans la merde? On est dans la merde. Peut-être faudrait-il que je change carrément de métier? mais qu’est-ce que je pourrais bien faire comme autre métier? Ok c’est la merde!« 

2/J’avais vraiment l’impression de ne rien maîtriser. Parce que je recevais des mails tout le temps, on m’appelait sur mes jours de repos, mes congés. J’étais vraiment épuisée mentalement et physiquement

3/Comme d’habitude, quand je perds mon équilibre, le reste se fout la gueule. J’ai commencé à ne vraiment plus aimer aller aux cours de danse, j’ai vraiment commencé à en avoir marre de toutes les actions que je faisais à côté qui se rapportaient au même champ d’action que mon travail : aider des gens, aider des femmes, parler sexe, parler femme.

Donc…J’AI PÉTÉ LES PLOMBS 😀 ET…J’AI DÉCIDÉ DE DIRE STOP!

Ça a commencé tout bêtement…j’ai envoyé un mail à ma hiérarchie pour dire que NON, je ne viendrai pas à une énième rencontre qui ne servirait à rien. (Ce à quoi on m’a répondu « que le dossier était clôturé »)

J’ai ensuite décrété que j’étais beaucoup trop fatiguée pour travailler dans de bonnes conditions, j’ai donc pris une semaine supplémentaire de congés (Ce à quoi on m’a répondu « Mais on va devoir déplacer des rdv » j’ai répondu « que tout le monde était utile mais que personne n’était indispensable » puis « que peut-être était-ce mieux de prévenir les dames 1 mois en avance pour mes congés que le matin si finalement j’étais en arrêt maladie », la personne qui s’occupe de mes congés m’a répondu « qu’il était temps que je prenne des congés parce que j’avais encore 20 jours à prendre et que ce n’était pas légal »)

J’ai ensuite décidé d’arrêter d’aider (temporairement ou pas) : j’ai donc envoyé des mails aux asso, aux groupes dans lesquels j’étais pour dire que j’arrêtais. (Ce à quoi on ne m’a pas vraiment demandé d’explications)

Je me suis ensuite concentrée sur ce qui me faisait du bien et j’ai décidé de rejoindre un « collectif » qui fait du jardinage, de choisir de nouveaux cours de danse, activités. J’ai donc repris le yoga et j’ai commencé le stretching postural.

Et pour finir, j’ai repris mon coaching. Je pense l’avoir dit qq part mais depuis avril 2016, je suis suivie par une coach (pour ma tête). Au début parce que j’allais mal et puis après pour continuer d’aller bien. J’avais arrêté depuis bientôt 1 an de la voir régulièrement en me disant que ça allait et que je gérais…sauf que je me suis rendue compte lors de ce truc, que quand il m’arrive un truc pas cool, j’essaie de le garder pour moi. Résultat, il a fallu attendre 1 mois pour que j’en parle à tous les gens de ma sphère donc bien sûr ça me rongeait mais personne ne comprenait pourquoi.

Depuis, ça va beaucoup mieux! J’ai repris le travail avec amour et sérénité, j’ai quand même demandé des aménagements qu’on a accepté. Je suis donc actuellement en vacances, j’ai pris le large pour respirer loin de l’agitation parisienne. Je peux de nouveau parler boulot et écrire sans que j’ai envie de crier et que ma mâchoire ne se crispe.

Octobre 2018 m’a donc montré que ouais octobre n’était pas mon mois et qu’encore une fois je me relevais.

Que la vie n’est pas lisse et que même si tu fais de ton mieux pour éviter les pépins, ça peut arriver.

Que tu peux/dois dire NON quand qqch ne te plait pas parce qu’on ne peut pas plaire à tout le monde mais par contre il est important de se plaire à soi et de faire ce qui te fait du bien.

Que tu peux prendre en main le destin dans certains cas pour être plus confortable.

Que c’est bien d’aider les autres mais si tu n’en a pas la force mentale ou physique, que ce n’est pas grave. On ne peut pas aider les autres si on n’est pas bien soi-même.

Voilà! Maintenant que ça c’est dit, on peut repasser à des articles plus intéressants 😀

 

 

Take Care

PS: L’année prochaine, je me barre en vacances une bonne partie d’Octobre et j’ai un peu envie de dire que tant pis, j’ai pas envie d’essayer de conjurer le sort, quoi qu’il arrive c’est toujours pour une bonne raison pour moi.

Quoi de neuf docteur?

Je ne suis pas mon métier

 

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Roma, Italy, Octobre 2018

Ces dernières semaines, j’ai été un peu exaspérée…J’ai été très fatiguée…et puis du coup j’avais pas le moral…et du coup je me suis énervée.

Ces dernières semaines, on m’a demandé beaucoup d’avis, beaucoup d’ordonnances, beaucoup de services.

Pas des patientes non des meufs, des amies, des copines, des tantes…

Et ça m’a gonflée

Alors j’ai fait un post FB :

Pensée du jour 💭 : Des fois j’ai pas envie de parler de travail…j’ai juste envie d’être moi et pas mon métier.
Donc si un jour, je ne te réponds pas sur ta question de gynéco, de sexo, c’est pas que je ne t’aime pas ou que je m’en fous de toi, c’est juste que je prends soin de moi et de mon équilibre 😌😌
Alors stp, accepte mes silences…

PS: Je ne vise absolument personne et si récemment tu m’as demandé qqch et que je t’ai rep c’est que ça ne me dérangeait pas. Mais tout comme toi, j’ai droit à des jours de congés 🙂

J’adore mon métier (vraiment) et ce que j’adore tout spécialement dans mon mode d’exercice c’est que quand je ferme la porte du travail, cela ne me poursuit pas chez moi (en général).

J’aime parler gynéco mais quand j’en ai envie. Pour l’écriture de ce blog, je ne me force pas. Des fois j’écris 3 articles d’un coup, des fois je prends 1 mois pour en pondre un. Mais j’en parle quand j’en ai envie et des fois…J’AI PAS ENVIE!

Du coup, quand je suis en vacances, quand je suis en week end, quand je suis avec des gens, quand je suis dans mes autres activités, j’ai pas forcément envie que tu m’exposes tes problèmes, ta santé ou ton vagin.

Je déteste qu’on me demande mon avis comme ça, sans prévenir. Est-ce que toi, ça te fait plaisir de parler de ton travail quand tu n’es pas au travail et que tu n’as pas envie d’en parler? A priori non, ben moi c’est pareil.

En début d’année, j’ai été vécu une scène un peu désagréable. Lors d’un évènement familial, un mec, un lointain oncle m’a apporté son bilan biologique « EXPRÈS » pour que je lui dise « SI TOUT ALLAIT BIEN« . Alors déjà c’était ni le moment ni l’endroit, entre le plat et le dessert no way. Et mec…imaginons

1/ Qu’il y ait un problème, je t’annonce ça comment? « Ah ben merde t’as du sang dans tes selles? est ce que c’est grave? ben euh ça peut etre des hémorroïdes comme ça peut etre un cancer? Qu’est ce qu’il faut faire? Euh ben une coloscopie, ah tu sais pas ce que c’est? Ben une caméra par ton trou de fesses. Euh sous anesthésie? Oui je crois. Ah avec ton kardegic, j’en sais rien » MERDE JE NE SUIS PAS TON DOCTEUR!

2/ Je n’ai pas ton dossier médical en tête ni dans mes archives

3/ Je suis peut-être là pour un bon moment, pour déconnecter mon cerveau en fait…

En règle général, je ne réponds pas aux sollicitations parce que ça me gonfle et que ça nécessite une consultation. C’est pas pour les sous (encore moins avec moi vu qu’on ne paye pas pour me voir) c’est pour faire les choses correctement. Pour discuter, pour avoir toutes les informations et étudier la meilleure option.

Dans ma famille, je ne regarde pas les résultats bio, je fais quasiment pas d’ordonnance sauf quand j’en ai envie ou quand vraiment vraiment c’est la merde (genre t’as droit à un joker MAIS UN SEUL). Bon j’ai quand même fait des trucs de gygy aux femmes de ma famille, pas parce que j’en avais follement envie mais parce qu’à ce moment là je préférais le faire plutôt que de les confier à des gens en qui j’avais pas confiance (mais je délègue facilement).

La dernière fois, j’ai emmené ma mère voir le cardiologue (elle va bien tkt), je voulais sagement attendre en salle d’attente. Elle m’a regardé avec des petits yeux en mode « tu ne viens pas? allez viens« . J’ai trainé mon pauvre corps dans le cabinet médical. Je suis restée dans mon coin, j’ai essayé d’être la plus petite possible…le cardiologue a examiné ma mère, il a demandé « vous n’avez jamais eu de problème à l’estomac? » Elle a répondu non, j’ai répondu « Si elle a eu un helicobacter pylori » Il a demandé si elle tolérait bien son problème, elle a répondu oui, j’ai répondu « elle a une dyspnée d’effort« . Il n’a pas capté ou il a fait semblant je ne sais pas. Il a répondu : « ah ben heureusement qu’elle est là » et là ma mère m’a balancé : « elle est du métier » et bam. Bon il a rigolé avec un « ça va j’ai pas dit trop de bêtises » J’ai sorti un rire totalement fake…Mais moi ça m’épuise. Parce que des fois j’aimerai juste être moi, moi la fille, moi la copine pas moi la doc. J’aimerai déconnecter mon cerveau. Parce que tout ce que je te dirais fera foi alors que non je peux dire de la merde, que mon domaine est très petit et que même dans ce petit domaine, je ne suis pas experte.

Le pire dans tout ça, c’est que bien souvent, quand les gens sont proches, iels te demandent un avis justement pour être rassuré.e.s…et si moi-même je ne suis pas rassurée devant ta situation, on fait comment?

Du coup, j’aime pas ces situations qui me mettent mal à l’aise.

J’en profite pour dire à toutes mes copines qui préfèrent montrer leurs cols de l’utérus à des gens qu’elles connaissent et en qui elles ont confiance et qui donc me demandent si je peux les examiner, que justement moi je préfère voir les cols des utérus de gens que je ne connais pas parce que sinon ça va être chelou entre nous…

Peace

PS: C’est pas un vrai coup de gueule, après le plus souvent ça me dérange pas mais la dernière fois, une nana que je ne connaissais même pas vraiment, m’a demandé si je pouvais lui faire une consultation à domicile alors qu’une vraie bonne copine a évité de me parler de ses VRAIS problèmes de santé justement pour ne pas que j’ai l’impression de devoir lui donner mon avis…

PS2 : Si tu veux me demander qqch, demande moi avant si tu peux…

Quoi de neuf docteur?

J’ai eu une cystose

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Roma, Italy, Octobre 2018

C’est un mélange d’une cystite et une mycose…C’était horrible!

Quasiment 8 ans que je n’avais plus fait de cystite et plus de 2 ans sans mycose. Je te vois faire ta tête là…une mycose n’a rien de dégoutant, c’est pas sexuellement transmissible et même si je te disais que j’avais le VIH là, rien ne justifierait ton visage déformé (après tout c’est moi qui le vit, pas toi).

Bref j’ai eu une cystose. C’était pas à cause du sexe, ni à cause de ma mauvaise hydratation, ni à cause de mon oeuf de yoni (rangé depuis plusieurs semaines d’ailleurs), ni à cause de mon mode alimentaire.

Non, c’était à cause de mon changement de…SAVON!

Du coup, je me suis dit que c’était surement le bon moment pour reparler de « toilette intime« …

Par coup de hasard, ma cystose est arrivée juste après qu’une journaliste me demande de participer à une ITW sur ce même sujet. Les cordonniers sont les plus mal chaussés…bon mon frottis est à jour c’est déjà ça…

Je t’ai déjà quasiment tout dit dans cet article là  « Faut se laver la shnek »   donc voilà quoi…

Mais je reprends :

  • Le vagin c’est AUTO-WASH, c’est génial, ça s’auto-entretient DONC N’Y METS AUCUN SAVON
  • Ce qu’il faut laver, c’est la partie externe c’est à dire tes grandes lèvres, tes petites lèvres, ton clitoris, ton périnée et le reste de ta peau!
  • Le moins est le mieux

À la base, on m’a demandé mon avis parce que je ne sais plus quelle marque a sorti une gamme « enfant« , ouais ouais…allez paye ta vulve dès ton enfance! En mode « c’est une zone trop dangereuse » « oula faut faire attention c’est pas comme le reste de ton corps« 

Sauf qu’en fait…ben si…Alors ok il y a des muqueuses, ok ya une flore mais a priori tu n’utilises pas de savon « spécial anus » (Pareil merci de NE PAS METTRE DE SAVON DANS TON ANUS). L’anus aussi a des muqueuses et une flore…(comme ta bouche d’ailleurs et a priori tu ne te mets pas de gel douche dedans…ok ok tu mets du dentifrice, sois pas relou.e chui pas dentiste, j’y connais rien en hygiène buccale)

Techniquement, si on arrêtait de vouloir sentir le fruit de la passion en sortant de la douche et qu’on utilisait un bon gros savon sans savon, sans odeur, sans produit dégueu dedans ça irait : POUR TOUT LE CORPS!

Sauf que bon voilà, les parfums, les produits imprononçables, les colorants avec des lettres ont rempli nos salles de bain…

Dans ma pratique professionnelle, quand on me demande « Mais vous ne pouvez pas me prescrire un savon? » Je dis non. Je conseille ce que je viens de te dire :

Un pain dermatologique, sans savon, sans parfum, sans produit chimique, que tu peux utiliser pour tout le corps.

Tout le reste est assez marketing…

Pareil, une vulve ça se nettoie 2 fois par jour MAXIMUM sans gant NI FLEUR DE DOUCHE pitié (merci les nids à bactéries) et ça se sèche en TAMPONNANT! On ne se DÉCAPE PAS LA VULVE MERCI!

RESPECTE TA VULVE, SOIS GENTILLE AVEC ELLE STP

Donc maintenant, je vais te raconter la petite anecdote…

Personnellement, j’achète mon savon liquide « propre » à Naturalia parce que j’aime bien (je ne bosse pas pour elleux et d’ailleurs, iels ne m’ont rien demandé). Savon que j’utilise depuis maintenant plus d’un an. Et puis n’ayant plus de savon, je m’en vais gaiement en boutique et là oh drame, il n’y a pas mon fidèle savon. Inquiète, je demande de l’aide à Madame la vendeuse, qui me dit qu’elle n’en aura pas avant la semaine suivante.

Devant ce problème, je décide de me rabattre sur une autre marque « bio » et je fais mine d’ignorer le « PARFUM VERVEINE EXOTIQUE » inscrit en gros.

GENRE ÇA EXISTE DANS LA VRAIE VIE DE LA VERVEINE EXOTIQUE. QU’EST CE QUE ÇA VEUT DIRE VERVEINE EXOTIQUE? ET BORDEL ÇA DOIT SENTIR QUOI LA VERVEINE EXOTIQUE? 

Moi qui dit tous les jours « on oublie le tahiti douche fruit de la passion » j’ai pas eu l’air con quand 2 jours plus tard, les premiers signes sont apparus avec ma verveine exotique là…

D’abord une sensation que mon urine était chaude, puis un inconfort dans ma culotte, puis le feu, le feu, le feu. Où tu ne sais même plus si tu as vraiment envie de pisser, de t’essuyer, de mettre une culotte, de mettre un jean…

Comme je dis souvent, mon travail c’est le meilleur endroit pour avoir tes règles ou une mycose : ON A TOUT SUR PLACE!

Inutile de te dire que je me suis enfilée (lol) un sachet de Monuril et des ovules rapido presto.

Cette mésaventure a duré presqu’une semaine…si j’avais su j’aurais attendu tout simplement mon ancien savon. Mais maintenant, je sais que j’ai la vulve capricieuse lol!

Du coup cette mésaventure m’a donné envie de te donner mes…

TRUCS ET ASTUCES CONCERNANT LA MYCOSE :

  • Ta vieille culotte en coton, 3 tailles au dessus de mamie sera ta plus fidèle alliée
  • Fais tourner tes sous-vêt à la machine à laver 60° minimum, je sais je sais tu vas me dire « euh et mon string en dentelle là ça va le flinguer…« 
  • Oublie le string à ce moment là et de manière générale en fait. Bon ok ça passe si c’est 1h pour émoustiller ta meuf/ton mec
  • Ta jupe évasée sera ta plus grande amie
  • Si vraiment tu n’as rien rien rien sur toi : tu peux mettre des glaçons dans ta culotte (fais gaffe à ne pas te brûler avec le froid) ou du yaourt nature dans ton vagin MAIS DANS TOUS LES CAS IL FAUT CONSULTER QQN
  • Demande à ton doc un dosage de B12 et une glycémie à jeun (avec un bonjour, s’il vous plait et merci) si tu en fais beaucoup
  • Si tu en fais à répétition, il faudra peut-être revoir ton mode de contraception
  • Tu peux en avoir de façon cyclique genre avant ou après tes règles, on peut t’aider pour ça
  • La crème anti-mycosique peut te donner envie de t’arracher encore plus la vulve, don’t worry
  • Tu peux utiliser un sèche cheveux (à froid) pour sécher ta vulve en cas de crise
  • C’est pas honteux, ça arrive à quasiment tout le monde
  • Tu peux aller en pharmacie sans ordonnance pour récupérer des ovules, pas besoin d’attendre ton RDV la semaine prochaine chez ta/ton MG ou pire dans un mois avec ta/ton gynéco.
  • Ça n’a pas grand chose à voir avec une mauvaise hygiène sauf cas exceptionnels (à part si tu te laves trop ou si tu utilises des produits trop agressifs)
  • Bois de l’eau (c’est valable pour absolument tout en médecine)
  • Pour ce qui est de l’huile de coco et les HE genre Tree Tea, je ne sais absolument pas…J’aurais tendance à dire que les HE peuvent être agressives. L’huile de coco, j’ai des patientes qui ont testé, ça peut dépanner donc tendance à dire : Si vraiment tu es dans la jungle, que tu ne peux pas consulter et que ta vulve ressemble à un choux-fleur.
  • En période critique, je sais bien que tu n’auras ABSOLUMENT PAS ENVIE DE T’EPILER mais je préfère quand même le dire (il y a peut-être des psychorigides des poils pubiens) LAISSE TES POILS TRANQUILLE. Une fois l’épisode passé, si par souci esthétique, tu veux te débarrasser de tes poils pubiens innocents, OUBLIE LE RASOIR et PREFERE LA CIRE.
  • Cher.e.s partenaires, merci de comprendre qu’en crise, la libido s’approche de -1000 en général, donc respectez aussi nos vulves
  • Tous les « bio » ne se valent pas, lis les étiquettes et si tu vois marquer « VERVEINE EXOTIQUE » FUIIIIIIIS!

Peace

PS: J’aime pas le terme « toilette intime » ça donne un petit côté « spécial, secret, à part » du coup je dis plutôt toilette vulvaire. C’est comme pour l’histoire des « protections hygiéniques », mais bon tu sais que je n’aime pas faire comme tout le monde

 

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Quoi de neuf docteur?

Ma première année

 

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Paris, France, Septembre 2018

À mon anniversaire avec les potos, on a parlé d’un truc. Et puis en rentrant sur Paris, je suis allée au cinéma et j’ai vu une bande annonce me rappelant ce truc, du coup j’ai eu envie de vous parler de ce truc.

Ce truc c’est ma Première Année.

À mon époque ça s’appelait la PCEM1, c’était en 2006-2007 et j’étais à Bordeaux. J’avais 18 ans et un rêve : Passer en P2.

Mon rêve c’était même pas être médecin, mon rêve c’était de passer, tout simplement! Parce que sans ça…yavait rien! Parce qu’avec ça, tu avais le droit d’avoir d’autres rêves!

Le 1e jour, on a eu cours d’anatomie et le professeur a dessiné je ne sais plus quoi avec les 2 mains en même temps, dans un amphi déchainé divisé en 3 parties : les primants (les 1e première année), les doublants (les 2e première année) et les navalais (les élèves militaires).

En rentrant chez moi, j’ai vomi. J’habitais seule et ce jour là j’ai compris que tout cela ne dépendait que de ma force mentale.

Je ne connaissais qu’une seule personne sur Bordeaux et cette ville m’était étrangère.

La 1ere semaine, j’ai rencontré Svetlana, Nassim, Robin et Bertrand, grâce à une seule phrase « Tu ressembles à une fille de mon lycée, tu viens d’où? Martinique? Ah moi Mayotte » et voilà…

La 2e semaine, j’ai rencontré Jessica un soir de tutorat, dans un tramway à 22h : « Salut moi c’est Jessica, tu vas jusqu’où? »

Et puis d’autres dont je ne me souviens pas trop des noms.

Le 1er quadrimestre, j’ai bouffé des cours, je travaillais en amphi de nuit jusqu’à minuit et je rentrais chez moi pour dormir jusqu’aux cours du matin. La journée, j’allais à la bibliothèque, je mangeais des barres de céréales le midi sur place pour ne pas perdre de temps. C’étais la guerre à la bibliothèque, il fallait réserver ta place mais on pouvait te piquer tes notes…

Au tutorat c’était aussi un peu la guerre, il ne fallait pas trop montrer ton niveau, sur les résultats des sous colles, on t’insultait avec des « primant de merde » quand tu étais trop bien classé.e.

Les résultats du 1er quadrimestre sont tombés un mercredi. Je n’étais pas classée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et j’ai vomi toute la nuit. J’ai vomi tous ces cours, j’ai vomi toutes ces fiches.

Et puis il a fallu continuer…J’ai donc arrêté de manger tout court, j’ai changé de bibliothèque pour ne plus être en face d’autres P1 comme moi, je travaillais à la biblio jusqu’à 22h, je rentrais chez moi et je travaillais jusqu’à 4h du matin pour me lever à 8h. J’avais dans mon ventre un petit déjeuner et c’est tout.

Mon appartement de 20 m carré était rempli de fiches d’anatomie, de formules de biochimie, mes pauses c’était de l’histologie et mon seul moment de plaisir était mon shampooing hebdomadaire et les écritures de lettres à mes copines restées loin de moi. Le vendredi soir je m’accordais une pause aussi Sex And The City pendant que je faisais des annales.

J’ai tenu…Mais si on m’avait dit qu’il fallait continuer une semaine supplémentaire, mon corps aurait lâché.

J’ai eu envie de prendre des amphétamines, parce que certain.e.s en prenaient dans l’amphi et elleux étaient classé.es. Moi j’avais droit qu’au Guronsan et franchement c’était pas mal vu mon rythme cardiaque.

Je n’ai pas commencé le café ni le tabac mais par contre je suis devenue accro au Coca Cola et ça m’a pris presque 10 ans pour me sevrer.

Je n’avais pas internet, c’était un choix délibéré. J’ai pas pu surfer sur MSN, j’ai pas pu télécharger de musique, j’ai pas pu perdre de précieuses heures à rien faire. Mon père m’imprimait les cours qui étaient sur Internet et me les ramenait. (c’était faisable à l’époque, tout n’était sur la toile comme à présent)

J’avais un forfait téléphonique très limité pour ne pas perdre de temps à envoyer des sms et à appeler pendant des heures.

J’avais un fixe qui sonnait tous les soirs : ma mère

Je n’ai pas eu de petit copain parce que c’était un perte de temps.

Je n’ai pas eu le temps de pleurer parce que c’était une perte de temps.

Je n’ai pas vraiment fêté Noël, j’ai monté tous mes livres chez mes parents et j’ai révisé encore et encore.

Je n’ai pas eu le temps de me poser des questions parce que c’était une perte de temps et que pour tout ça, j’aurais le temps après le concours.

J’avais pas de plan B.

Ma seule préoccupation était comment encore gagner du temps pour pouvoir encore réviser plus.

J’ai fini à 36 kg cette année là.

Le dernier jour du concours, je suis rentrée chez moi, je n’ai pas fêté, j’ai décroché mes fiches sans les regarder pour ne pas regretter, j’ai effacé mes notes sur mon miroir de salle d’eau, j’ai débranché mon téléphone et j’ai dormi pendant presque 24h.

J’ai découvert que Bordeaux était une belle ville parce que jusque là je ne connaissais que La victoire, la bibliothèque Pey Berland, le centre commercial et la faculté.

Le jour des résultats, mes parents ont fait Paris-Bordeaux pour venir les voir avec moi (je crois qu’ils avaient peur que je me flingue). J’ai éteint mon téléphone à partir de l’heure d’affichage des résultats pour éviter les spoils.

On y est allés dans la nuit avec mon père. On a pris le tramway, j’avais les jambes qui ne tenaient pas, mon père m’a portée, on est allés devant ce fichu panneau d’affichage. La faculté était déserte, il faisait bon, mon coeur battait fort, j’ai cru que j’allais m’évanouir.

Ce panneau qui m’annonçait s’il me laissait continuer mon rêve ou pas…

J’étais reçue, j’ai crié, j’ai pleuré, j’ai passé des coups de fils…

Et puis j’ai regardé le reste du panneau, tous les rêves brisés…et j’ai été triste parce que ce concours était injuste. Une centaine de place pour presque 900 étudiants…

Il reflétait juste ta capacité à avaler des données et à les recracher, à identifier la faute dans la phrase, si le verbe était à l’indicatif ou au conditionnel, si c’était du singulier ou du pluriel…à griffonner des cases avec un stylo noir et pas bleu en faisant attention à ne pas te tromper de ligne. C’était con, fallait juste apprendre, apprendre, apprendre sans comprendre parce que tu n’avais pas le temps en fait. Tu maudissais les QCM 1/0, tu bénissais les QCM 1/0,5/0,25/0 et quand c’était du rédactionnel, tu ne faisais plus de phrases sujet-verbe-complément, c’était que des listes de mots clés.

À mon époque, on était encore en manuel, il y avait peu d’ordi sur les tables, on griffonnait à la vitesse grand V, aucun prof ne répétait, tu écrivais en abréviations, tu faisais des symboles, des lettres à l’envers, des gribouillis…ça ne prouve pas que tu seras un bon médecin ni même que tu es plus intelligent.e que ton voisin, ça montre juste que tu ne te poses pas de question…

En rentrant en P2, j’ai fait un équivalent de « baby blues » comme m’a dit mon médecin généraliste, parce que la P2 c’était dur encore, c’était différent mais ce n’était pas l’Eldorado qu’on nous avait promis et je me suis demandée si ça en avait vraiment valu la peine tout ça…

Et j’ai repensé à tous ceux qui n’avaient pas eu ma chance de faire un baby blues de P2…parce que sur tous mes potes on était que 4 à avoir réussi…

J’ai repensé aux yeux du P1 assis en face de moi à la bibliothèque, ses yeux qui pétillaient quand je sortais mes cours d’anglais médical qui montraient que moi j’étais en P2, que moi j’avais réussi, que moi j’étais son modèle…

Et j’ai continué…

Alors cette semaine quand j’ai appris la fin du numerus clausus, j’ai pleuré parce que j’ai repensé à tous ceux qui y ont eu droit et qui ont échoué…parce que ce concours était con…parce que je ne pourrais absolument rien te sortir de cette année et parce que la seule chose que j’ai retenu c’est que pour atteindre mon objectif…je suis prête à tout, même à mourir de faim…parce que je suis pleine d’espoir que les choses changent et que ce soit plus juste!


Merci à tous mes copains de P1: Svetlana, Nassim, Bertrand, Robin, Jessica, Leslie, Natacha, Laurence, Laure, Yves-Marie (même si je te détestais en P1), David, Prisca et les autres…

Merci à Jayson, mon ancien voisin, rencontré un jour de Carnaval et chez qui j’ai pleuré au début de ma P2.

Merci à tous mes profs du tutorat, malheureusement je ne me rappelle que de Thomas, Mister Embryo, qui m’a donné envie de devenir tutrice

Merci aux Navalais qui étaient très forts mais ne comptaient pas dans le classement donc me faisaient espérer.

Merci à mes professeurs de P1, notamment M.Merlio qui laissait le soleil entrer dans l’amphi et me faisait sourire quand il nous a annoncé en décembre que ça y est les journées allaient s’allonger, M.Caix (décédé en 2015) et M.Montaudon.

Merci à mes parents qui ont été présents pour moi, sont descendus me voir souvent, ont fait mes courses, mes lessives, sont venus pour les exams, les résultats, veillaient aux mêmes heures que moi.

Merci à ma Mamie Laure, qui est décédée cette année là pendant ma seule semaine de vacances sans quoi je n’aurais pas pu aller à son enterrement et qui savait qu’un jour je serais médecin.

Merci à mes copains d’avant pour toutes vos lettres.

Merci à toutes les personnes croisées pendant cette année.

PS: Peut-être que tu as vécu ta P1 différemment, peut-être même de façon très zen, peut-être même que tu as eu le temps de tout comprendre de ce que tu avais appris…peut-être que toi tu as tenté ce concours et que tu l’as raté, je suis assez partisante du « tout arrive toujours pour le mieux » et j’espère que tu es heureuxse dans ta vie et ton métier. Tu peux raconter tout ça en commentaire si tu le souhaites!

PS2: Malgré tout ça, j’ai adoré ma P1 parce qu’à ce moment là, j’ai su que j’étais capable de tout, que je n’avais aucune limite et que tout m’était possible.

PS3: Crois en tes rêves! 

PS4: J’ai pas aimé mes études de médecine globalement, ni le début ni l’externat ni l’internat. Par contre j’ai aimé passer ma thèse et j’adore mon métier actuel et ce que je fais n’a pas grand chose à voir avec ce que j’ai appris dans les bouquins en réalité…

Quoi de neuf docteur?

Elle a 22 ans

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Paris, France, Septembre 2018

Et 2 enfants.

Elle s’appelle Mme L et je l’ai vue pour la première fois, la semaine dernière. Une des dernières patientes. Elle était pressée, elle devait chercher le 1er à l’école. Je l’ai faite rentrer.

Elle m’a d’abord parlé d’une mycose, un truc récidivant, qu’elle avait tapé sur internet, qu’elle avait suivi des recettes de Grand-Mère et ça passait pas.

Elle m’a parlé de ses antécédents, du tabac, de son ulcère d’estomac, de son père décédé d’une embolie pulmonaire.

On a parlé de son moyen de contraception, de ses règles qui durent 30 ans…

On a parlé du stress dans sa vie.

C’est la première fois qu’on se voyait et elle m’a dit à plusieurs reprises « il n’y a qu’à vous que je peux dire ça« 

Et puis elle a posé cette question :

« Est-ce qu’il y a ici des gens pour aider les femmes?« 

Je lui ai demandé de m’expliquer ce qu’elle voulait.

Elle a 22 ans et 2 enfants. Elle est avec son mec depuis 6 ans, un amour de lycée. Tout allait bien et puis à la première grossesse, comme bien souvent dans ces cas là, les coups ont commencé à pleuvoir. Les coups, les insultes, les menaces.

Elle travaillait et elle n’a plus eu le droit, elle se promenait et elle n’a plus eu le droit, elle avait des copines et elle n’a plus eu le droit.

Elle est partie avec son enfant sous les bras, elle a repris le travail, elle a rencontré qqn et puis un matin, il l’a retrouvée. Elle, son nouveau mec, leur fils dans une nouvelle maison. Il a alors agressé le nouveau mec avec une arme devant les yeux de son fils. Tout le monde est en vie mais par contre tout le monde n’en est pas sorti indemne dans sa tête.

C’est en sang, que Mme L s’est retrouvée dehors en pyjama avec la police et c’est en ruine, qu’on l’a mise dehors de l’appartement compte tenu du « scandale« .

J’ai pas tout compris concernant la plainte mais bon…personne n’est en prison

Mme L est restée 5 jours à la rue avec son fils et puis le mec a rappelé en disant « qu’il voulait bien la récupérer même si elle avait fait la pute« .

Ne voyant pas trop d’autres solutions, elle est retournée chez eux et une chose en amenant une autre, elle est tombée enceinte encore.

Elle n’a plus le droit de fumer par le balcon, elle n’a plus le droit de sortir à l’épicerie. Elle ne peut aller qu’à l’école et chez le médecin.

Elle a 22 ans et une vie de 60…Et moi je la revois la semaine prochaine…et toutes les autres probablement…

Peace

PS: Je ne veux pas te déprimer, il existe encore des hommes corrects, attentionnés et aimants…enfin c’est ce que j’essaie de faire rentrer dans ma tête.

Quoi de neuf docteur?

« On ne fait pas des bébés quand on est soi-même un bébé »

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Paris, France, Juillet 2018

J’ai déjà entendu cette phrase ultra paternaliste et infantilisante pas mal de fois. À l’hôpital, dans des réunions de pairs, dans la bouche de collègues, d’ami.e.s etc…j’avais du mal, j’avais du mal…

Aujourd’hui, j’ai eu envie de la dire!

J’ai reçu Mme P. Mme P a 20 ans. J’ai suivi sa grossesse. C’était easy, à part un épisode d’agression physique par des inconnus.

Et puis Mme P a accouché. Elle m’a amené son bébé. Il était tout chou et Mme P était tout sourire.

J’ai fait ma photo de bébé et puis on lui a donné un rdv pour sa visite post-natale. (la fameuse)

Elle est arrivée, on a dit 2-3 conneries sur mes vacances et tout et puis la consultation a commencé.

« La fatigue? Bof non ça va »

« Le moral? Ah non moi le baby blues j’ai pas eu » (fan de tous les épisodes Baby Boom) 

Et puis j’ai creusé, parce que j’aime pas les mamans qui savent d’avance ce que je vais poser comme questions, genre elles se sont exercées.

« Vous ne pleurez pas? Vous n’êtes pas énervée? Sure? »

Et là, elle a craqué. Si elle s’énerve facilement. Contre qui? Contre son mec.

Son mec il a 23 ans, il vit la nuit, il dort le jour. Il ne travaille pas mais il regarde la télé toute la nuit et joue à la Play « Mon bébé est mieux réglé que lui » qu’elle m’a dit

Il ne sait pas changer une couche, ne veut pas apprendre parce que « de toute façon, un jour il n’en portera plus » qu’il aurait dit

Il donne des bonbons à son fils (le gamin a 2 mois), mais des « bonbons en fils, oui ceux qui piquent » (tu imagines bien même si tu n’y connais rien, qu’à 2 mois, des bonbons c’est pas terrible même s’il n’y a pas encore de dents)

Il a mis le bébé par la fenêtre ce matin, en couche (ce matin il faisait 16 degrés) pour « qu’il voit du paysage« . J’ai donc demandé s’il voulait faire le remake de Michael Jackson (ouais je sais, j’ai beaucoup d’humour). En plus à cet âge là…ça ne voit pas de loin un bébé…

Il ne veut pas passer au centre, parce que c’est le matin les pesées et « qu’il n’est pas du matin » (ben tu m’étonnes…si tu te couches à 6h du matin pour jouer à la play…)

Et puis…il réveille le bébé, parce qu’il est « l’heure de manger« …(un bébé qui va bien, ça se réveille tout seul quand il a faim en fait) il lui donne biberon et puis il lui retire brusquement pour le faire pleurer. Parce que ça l’amuse, il joue…(Bonjour le syndrome de frustration inutile)

Plus elle me parlait, plus je voyais un de mes ex et plus je me suis demandée si vraiment je ne voulais pas d’enfant ou si en fait, je n’avais pas voulu d’enfants avec lui.

Plus elle me parlait, plus je me demandais quel genre d’adulte, cet enfant sera vu tous les cracs que son père lui crée là « juste pour jouer » (ouais ouais…je sais, je dramatise un peu mais bon vu que ma principale peur concernant les enfants est justement d’abîmer mentalement mes gamins à cause de failles éducatives ou de mauvais dosage…forcément je pense comme ça)

Plus elle me parlait et plus je me suis dit « Mais en fait Mme P, elle a 2 gamins chez elle »

On a donc parlé de la charge mentale, de l’implication du père dans la maison, les tâches ménagères, dans l’éducation du petit et elle a sorti cette phrase qui m’a tuée

« Il ne faut pas trop lui en demander« 

Game Over!

Comment ça? Comment ça il ne faut pas trop lui en demander? MAIS MERDE ALORS! Un enfant c’est à deux, un couple c’est à 2, l’appartement c’est aux 2.

Pour faire redescendre mon énervement, on est passé à autre chose : la contraception.

Elle voulait un stérilet au cuivre. Pas de reprise des rapports sexuels, pas de risque de grossesse : Ok.

Le stérilet posé, je lui dis « Le stérilet est efficace tout de suite donc il n’y a pas de problème pour la reprise des rapports sexuels quand vous en aurez envie »

Elle a répondu : « ça risque pas »

Mais moi j’ai entendu : « ça risque pas? »

J’ai donc redit: « Non ça ne risque rien »

Elle a répété : « Non mais ça ne risque pas, il n’y aura pas de rapport sexuel là »

J’ai donc fait une tête perplexe et là…

« Il a une infection je crois, il a du pus qui sort de son truc depuis que je suis enceinte de 4 mois. Il ne veut pas aller voir de médecin, il a peur. Donc moi je préfère ne pas prendre de risque, même pas avec préservatifs »

GAME OVER

J’ai repensé à mon petit stérilet que je venais de poser et à un charmant gonocoque ou chlamydia remontant par les fils pour rendre Mme P infertile.

J’ai répondu « Ah ben surtout pas alors les rapports sexuels »

Je me suis gardée de dire que c’était probablement une IST et que bon…vu qu’on avait fait son dépistage à elle en début de grossesse et que tout était négatif…ben euh peut-être que…mais bon, j’ai pas vu le mec, ni son zgueg donc je ne peux pas faire d’affirmation mais ça ne m’a pas empêché d’y penser.

Mme P a conclu par un « De toute façon, je ne veux pas de 2e enfant maintenant, j’en ai déjà 2 à la maison »

J’ai ri et elle a fini par lâcher d’elle-même

« Ben c’est ça quand on fait des enfants avec des gamins…l’âge c’est pas physique c’est dans la tête« 

Conclusion : Réfléchis bien avec qui tu fais un enfant, je dis ça, je dis rien…

Peace

PS: T’inquiète j’ai mis l’équipe à domicile sur le dossier…