Quoi de neuf docteur?

J’ai arrêté le lait

Et pas mal d’autres choses…Depuis ça va super!

Bellefontaine, Martinique, Août 2020

Je crois que c’est l’article qui m’aura le plus coûté, celui qui m’aura demandé le plus de vulnérabilité, celui qui m’aura demandé de me livrer au plus profond de moi de façon assez étonnante…

Mais il fallait que je raconte cela pour pouvoir continuer.

Cela…ben en fait c’est Covid/confinement/déconfinement. Tu sais le moment où on a dit aux gens de rester chez elleux parce qu’un virus rôdait et qu’on était en guerre…Ce moment où il y a eu une flopée d’apéro skype, de cours en ligne en tout genre…Ce moment où j’ai pété les plombs.

J’aime pas la médecine, j’aime mon métier c’est pas pareil. Je ne suis pas médecin, je fais de la médecine c’est pas pareil. Et j’aime pas trop les moments dans la vie où mon métier devient la partie centrale de ce que je suis et ce que je fais…

Pour que je puisse te raconter « cela« , il faut qu’on remonte un peu dans le temps. Disons à Juin-juillet 2019, au moment où j’ai changé un peu mes centres pour en quitter 1 et en rejoindre 2 autres (au final 4 autres). Ce moment où j’ai décidé de militer en travaillant pour « arrêter » soit disant de militer sur mon temps libre parce que j’avais besoin de souffler.

C’était une bonne idée sur le papier. J’ai rejoins des associations féministes pour y travailler. De chouettes lieux avec des bibliothèques de ouf, avec des gens qui savent ce qui se passe dans la vie « réelle« , des gens qui ne bégayent pas quand je leur demande de l’aide parce qu’une femme se retrouve à la rue parce qu’elle a fui son mari violent.

C’était une bonne idée…

La bonne idée a duré de juin à novembre disons…

En novembre ça a commencé à foutre le camp. Pour plusieurs raisons dépendantes de ma volonté et d’autres non.

Tout d’abord

  • il y a eu la fin de mon 90% et du coup on m’a proposé de reprendre mon 100% qui en réalité était un 110% : j’ai dit oui
  • Ensuite on m’a annoncé que ma collègue partirait en vacances et on m’a demandé si je pouvait rajouter une demi journée par semaine pour la remplacer : j’ai dit oui
  • Puis il y a eu les grèves de décembre qui ont mis un stress sur une fatigue de dingue : j’ai fait comme si tout allait bien en mode wonder woman à gérer le travail, les transports, les gens.
  • Puis un de mes collègues a eu une annonce de cancer, on m’a appelée à l’aide pour le remplacer : j’ai dit oui
  • L’hôpital du coin, comme chaque année, s’est souvenu de moi et a voulu me recruter : j’ai dit que je voulais du temps, on n’a pas voulu m’en donner, j’ai arrêté de répondre au téléphone (au fait, la procrastination c’est pas un signe de fainéantise mais un signe d’anxiété)
  • On m’a relancée sur le sujet des IVG par aspiration dans un centre non hospitalier : j’ai dit oui
  • Moun est mort le 30 décembre 2019 : j’ai été au bout de ma vie

Voilà dans quel état j’ai commencé l’année 2020 : en larmes, en stress avec un 130% qui m’attendait et un mois de février de l’enfer. Donc forcément, j’étais pas du tout en état pour affronter ce qui allait suivre!

On pourrait creuser le pourquoi je dis OUI à quasiment tout mais je vais te raccourcir le chemin, quand on me propose des trucs j’ai l’impression que du coup on me valorise et du coup je me sens(tais) redevable donc je dis(ais) oui systématiquement. (La peur de ne pas être aimée était ma plus grande amie, elle a foutu le camp un 05/05/2020 depuis je suis moi)

Bref!

Début janvier, dans tout mon chagrin, je commence à recevoir des mails m’informant d’un virus, des signes devant faire consulter. On nous le vend comme une grippe dont il faut se méfier mais a priori pas besoin d’en faire tout un foin.

Mi janvier, consultant dans le 13e arrondissement de Paris, je me rends compte que le climat est tendu, la population du quartier ne sort plus trop, les gens ne veulent plus se rendre dans ce centre. On fait face à du racisme anti asiatique, je me dis que franchement ce pays me fatigue…Mais on nous le vend tjr comme une grippe qui bon effectivement a un taux de mortalité chez les personnes à risque plus élevé.

Je passe un mois de février SOUS L’EAU entre mon travail sur 6 centres, les remplacements en tout genre, 0 activité agréable, de gros problèmes de communication avec mon entourage, ma peluche d’amour qui me manque, une formation pour les IVG à organiser, ma hiérarchie qui me cherche des poux, des déplacements pro qui me font me lever à pas d’heure.

Now que je te l’écris, bien sûr que la suite était prévisible mais je t’assure que dans le feu de l’action…j’étais loiiiin de me douter de ce qui allait se passer.

Début mars, je prends des jours de congés, je vais chez mon cher et tendre de l’époque. J’essaie de déconnecter mais covid par ci, covid par là, je reçois des mails de tous mes boulots me demandant de chercher des masques avec ma carte pro (carte pro restée chez moi à Paris), je commence à flipper ma race. Je ne regarde pas les infos en tant normal mais là je pouvais difficilement faire autrement. Je reçois pendant mes congés, un coup de fil de ma chef m’informant que la situation est critique et de déplacer tous nos congés pour les prochains jours afin de pouvoir se tenir à disposition pour une réquisition éventuelle.

Bien sûr, je garde tout ça pour moi afin de ne pas affoler les autres autour de moi et en me disant « mais non on nous a dit que c’était comme une grippe ça va aller« 

Dans ma tête, quand je pense à la réquisition, je me vois devoir aller aux Urgences alors qu’honnêtement j’ai pas utilisé un stéthoscope depuis 4 ans, je me dis qu’à ce rythme là c’est clairement pas covid qui va tuer les gens, ce sont les médecins qui ne font plus de médecine d’urgence/générale réquisitionnés qui vont tuer les gens, le stress monte.

Dans l’intervalle de 10 jours, on a tout fermé, les resto, les écoles, la vie…

Et là…c’est parti en cacahuète, le Oia TOTAL.

Tout d’abord les masques :

On n’en avait pas mais il fallait qu’on continue à travailler. J’ai du faire 5 pharmacies dans mon quartier d’habitation où on m’a répondu soit :

  • qu’il n’y en avait plus
  • qu’on les gardait pour les professionnel.le.s du quartier

Je suis allée dans mes quartiers d’exercice (cad dans un département en précarité SUR TOUS LES PLANS) : Pas de masque.

J’ai du aller mendier mes masques à petaouchnok et signer une décharge au Conseil de l’ordre des médecins pour avoir des masques périmés…

Sur la route, je me suis faite emmerdée par le policier qui m’a dit « infirmière à la rigueur mais médecin… » cf Le silence n’est pas acceptable , les autres remarques désobligeantes de la part des policiers n’ont pas aidé à rendre cette période plus facile.

Pendant 2 semaines, j’ai travaillé sans masque, avec des gens sans masque, avec la boule au ventre, la gorge serrée, à me dire que si je n’y allais pas…comment elles allaient faire les dames. (Spoil: tout le monde est important, personne n’est INDISPENSABLE, si tu ne fais pas qqch…ben tkt pas qu’on va te remplacer et qu’il y aura une solution, dis à ton ego que HEUREUSEMENT le monde ne s’arrête pas de tourner parce que tu ne peux pas/ne veux pas/n’est pas disponible/meurt etc)

Ensuite le travail :

On a quand même réduit les consultations, au final 4 de mes centres ont fermé, on en a gardé 2 ouverts et j’ai dit que je ne faisais que les urgences en présentiel c’est à dire les IVG. Le reste c’était de la téléconsultation. On nous a alors appris qu’en fait les implants pouvaient rester 5 ans au lieu de 3…les DIU hormonaux 7 ans au lieu de 5…bref c’était du n’importe quoi.

Dans les urgences…on a eu les violences…celles qui m’ont fait mal pour de vrai…Les femmes qui travaillaient au noir et qui là ne pouvaient plus désormais nourrir leurs enfants, celles qui se faisaient tabasser TOUS LES JOURS et qui envoyaient juste des sms : A sur le portable du taf, celles qui voyaient leurs enfants se faire TABASSER TOUS LES JOURS et qui pleuraient au téléphone. Toute cette violence que j’ai absorbée, que j’ai absorbée avec RIEN POUR VIDER. Parce que les cours de ligne de yoga ben j’aime pas, les apéritifs skype à 16h ben moi je bossais, les amoureux stressés par leurs propres vies ben en fait je ne voulais pas les polluer même si je l’ai fait autrement, sorry ou pas, j’ai fait comme j’ai pu!

Et puis les réseaux :

J’avais décidé de militer en travaillant mais j’avais oublié les réseaux sociaux…Je ne pourrais pas te dire combien de comptes militants je suivais (un bon paquet) mais en fait ça a disjoncté dans ma tête parce qu’en fait, je ne pouvais plus absorber toute cette violence sur mon téléphone, dans mon quotidien professionnel en plus du stress quotidien au summum. Voir le nombre de féminicides augmenter, avoir encore ce climat négatif qui en fait me donnait envie de quitter cette planète quand derrière ben je sortais d’un vrai climat négatif au travail…j’ai fait un burn out militant. Ce qui est une bonne chose maintenant je trouve!

Ça c’était sans parler des gens théorie du complot, des débats pro/anti Raoult, des conspirationnistes, des gens qui crient au liberticide (franchement les gens si vous voulez crever, allez y, juste allez y solo ok?)

Et puis la vie :

Un de mes collègues est décédé en plein covid, un mail d’au revoir de 2 lignes après 30 ans de bons et loyaux services, la constatation qu’en fait il faut vraiment ce qui est bon POUR TOI et cesser de vouloir faire plaisir et ARRANGER les autres. Quasiment tous mes autres collègues se sont arrêté.e.s, le père d’une collègue est décédé on a « bien voulu » lui accorder 1 semaine pour se rétablir. Mon stress concernant la santé de mes parents à 8000 km sur une île où les infrastructures hospitalières sont plus que limites…Et puis toutes mes peurs de vie qui sont sorties : mes histoires de rupture, ma peur de ne pas être aimée, les croyances limitantes que d’autres ont mis dans ma tête, des phrases triggers…j’étais devenue l’ombre de moi-même, qqn que je n’aime pas, qqn qui ne me fait pas du bien.


J’ai essayé de canaliser tout ça, j’ai stoppé Instagram, j’ai eu ma soeur chez moi, j’ai essayé de respirer avant de répondre à des sms, j’ai fait du stretching mais c’est parti en cacahuète quand même, il y a eu des ruptures, il y a eu des larmes, il y a eu une crise existentielle.

Et puis le déconfinement et puis la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : Il a fallu reprendre comme si de rien n’était, il a fallu reprendre sans faire de débriefing, il a fallu dire merci parce qu’on a eu une prime covid, il a fallu encore s’adapter.

La goutte de trop ça a été un mail: pour me demander d’aller sur un autre centre parce que la doc qui y était partait en congé mater et qu’il fallait qqn pour la remplacer. C’était « pas grand chose« , c’était qqch que j’avais l’habitude de faire et qu’en pratique je pouvais faire mais là c’était trop! Trop pour moi, trop pour mon mental…

Alors j’ai dit NON. Un vrai NON, un putain de GRAND NON. J’ai dit que je n’étais pas un pion qu’on pouvait déplacer pour arranger Pierre, Paul, Jacques. Que je comptais aussi et que pour ma santé mentale je me choisissais et ça même s’il fallait que je pose un CA hebdomadaire pour ne pas y aller.

J’ai attendu une réponse, une remarque qui n’est jamais venue. Comme quoi en fait, on se fait toute une montagne de comment sera reçu le non sauf qu’en fait le plus souvent ben ton Non il est respecté et non négocié…

De là sont sortis plein de NON : Non à cette formation pour les IVG par aspiration qui me mettait ultra inconfortable compte tenu des conditions et qui me forçait à traverser tout Paris le mercredi en 30 minutes pour faire une autre consultation sans avoir manger. Non à travailler dans des conditions précaires. Non à travailler cet été parce que j’étais crevée. Non à ce rythme de vie que j’avais depuis 1 an quasiment et qui m’épuisait.

J’ai donc pris BEAUCOUP de congés cet été, je me suis reposée, j’ai imposé 30 minutes par RDV contre 15. Oui les dames râlent parce que les rdv sont lointains mais moi je ne cours plus, ni après le temps, ni après les autres, ni après moi-même. J’ai arrêté un centre pour passer now à 5. J’ai gardé les créneaux de consultation qui me convenaient totalement et qui ne me demandaient pas une organisation de malade ou de faire battre mon coeur à 150 bpm sur mon vélo pour être à l’heure.

J’ai dit non à la pollution digitale, j’ai supprimé tous les comptes militants, féministes de mes réseaux sociaux parce qu’en fait je bosse déjà dedans et j’ai pas envie de bosser encore qd je suis en culotte sur mon canap le samedi soir, depuis j’ai des citations romantiques, des petites phrases positives et des recettes magiques de sorcières. J’ai mis des gros stop à des gens qui se sentaient libres de me demander des conseils médicaux en MP alors que nulle part sur mon compte il est marqué que je fais de la médecine et que je suis ok pour discuter mycose le dimanche aprem. J’ai arrêté de regarder des trucs anxiogènes sur la fin du monde, la guerre, la maltraitance animale, bref je suis rentrée chez bisounours land même si je sais que tout ça existe, j’ai préféré changer de monde, un qui me convient et j’ai tendance à croire que pour changer le monde, il faut déjà changer le sien et insuffler un peu plus de ce qu’on veut et un peu moins de ce qu’on ne veut pas, alors now j’envoie du love en story insta (j’ai lâché Fb) et des trucs qui me font QUE du bien.

J’ai lu sur l’Amour, sur de beaux voyages, sur des choses très spirituelles et honnêtement c’est grâce à tout ça que j’ai survécu à Black Lives Matter parce que clairement les gens, j’aurais été dans le maaaaal.

J’ai arrêté de discuter avec des gens qui étaient trop éloignés de mes pensées quitte à passer pour une intolérante mais je sais que ces idées existent je ne suis pas obligée de baigner dedans si elles ne me font pas de bien. Que selon toi, le racisme anti blanc existe, que selon toi il y a des races plus méritantes, que selon toi les femmes en jupe sont quand même un peu responsables du viol, que si je suis nue dans un lit avec toi ça veut dire que je consens à tout…Libre à toi! Mon énergie ira ailleurs désormais!

La goutte d’eau c’était il y a bientôt 6 mois…6 mois que depuis tout est fluide, tout est facile, que tous les jours je me demande ce que j’ai envie de faire et que je le fais (et si ça passe par ne pas aller travailler ben je n’y vais pas! j’ai cette position ultra privilégiée qu’on a voulu me faire oublier qui est que du boulot je peux en trouver partout et tout le temps dc si qqch ne me convient pas, je peux quitter tout simplement – et ça même si tu n’as pas mes conditions en réalité c’est valable pour toi aussi), que je connais ma propre valeur, que je ne dis plus OUI pour faire plaisir à d’autres mais OUI pour me faire plaisir!

6 mois que j’aime de nouveau mon métier, 6 mois que je ne suis plus dans la difficulté, 6 mois que je subis plus les choix, des décisions d’autres, 6 mois que je fais ce que je veux, 6 mois que je suis peut-être dans ma réalité mais celle qui me fait du bien! 6 mois que je peux de nouveau avoir foi en l’humanité, 6 mois que je vis dans la légèreté.

Du coup pendant ces 6 mois…

J’ai voyagé, j’ai été voir des copains, j’ai été voir ma famille, j’ai dansé, j’ai ri, j’ai sauté, j’ai couru, j’ai nagé, j’ai pris des bains de mer, j’ai pris des douches de rivière, j’ai souri, j’ai médité, j’ai aimé, j’ai lu, j’ai parlé, j’ai fait de la trottinette, j’ai fait du vélo, j’ai chanté, j’ai joué du piano, j’ai fait tomber la pluie, j’ai fait des câlins, j’ai fait des bisous, j’ai dormi, j’ai écris, j’ai peins, j’ai dessiné, j’ai pleuré, j’ai fait la roue, j’ai bronzé, j’ai bu, j’ai fait des folies, j’ai été présente pour les autres, j’ai mangé, j’ai stoppé le lait, j’ai eu 32 ans, je me suis retrouvée…

Et paraît que c’était (c’est) beau à voir

Love

PS : Prends bien soin de toi now et toujours, tu es ta priorité et celle de personne d’autre

PS2 : On n’a pas encore établi toutes les conséquences de cette crise sanitaire sur le mental des gens, si tu l’as bien vécu tant mieux, si finalement avec du recul tu te dis que ça ne va pas si bien que ça, je t’invite à en discuter avec qqn.

PS3 : Ose dire non et puis surtout fous toi la paix, ta tranquillité n’a pas de prix!

PS4 : S’il y a un 2e confinement (j’y crois pas) mais si ça redevient tendu, je fais la promesse de ne pas retourner au charbon pour faire plaisir à je ne sais qui, qui pourra dire que le service public a bien tenu. (ouais mais dans quelles conditions, mettre des sacs poubelles comme protections covid dans des hôpitaux en France en 2020, j’appelle pas ça une réussite mais bon…)

PS5 : Avec ma prime covid, j’ai acheté une liseuse et plein de livres. Je te recommande : La discrétion de Faïza Guène, Soufi mon amour de Elif Shafak, Good vibes good life de Vex King et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran de Eric-Emmanuel Schmitt.

PS6 : Oui j’ai vraiment arrêté le lait après 32 ans…depuis j’ai bcp moins d’acné, je n’ai plus le ventre aussi ballonné. Je bois du thé, c’était difficile mais maintenant ça va. Je donne donc une boîte de Chocapic de 1kg si qqn veut. Par contre je mange tjr des yaourts et du fromage!

PS7 : Si toi aussi tu as cette peur de ne pas être aimé.e et du cp tu dis oui à des trucs que tu ne veux pas pour être bien vu.e ou être valorisé.e ou accepté.e, aimé.e sache que ton oui ne changera absolument pas comment les autres te voient en réalité, si tu décrètes que tu n’es pas aimable ben il est fort probable que pour le autres tu ne sois pas. La bonne nouvelle c’est qu’on est tou.te.s aimables, même si tu es la plus horrible personne de cette planète (tu n’as qu’à prendre un chiot tu verras qu’il t’aime alors qu’il ne sait rien de toi, de ton caractère, de ton compte bancaire, de ton taf, il t’aimera parce que tu es là, parce que tu es toi). Sans Amour on ne survit pas… c’est prouvé scientifiquement. Dc si tu es encore en vie c’est que qq part qqn t’a aimé.e même si tu ne sais pas qui. Et puis moi je t’aime même si tu aimes Raoult, que tu fais des pétitions contre le port du masque, que tu râles parce qu’on a fermé ton bar pref, que tu parles fort et que tu ne comprends pas pourquoi le féminisme est encore important de nos jours.

PS8: j’ai fait un burn out militant, ça ne veut pas dire que j’ai arrêté mes luttes, ça veut juste dire que maintenant je les fais différemment. Ça veut dire que je prends soin de moi et que je m’octroie le droit comme autrui d’être dans le déni qd c’est trop difficile à l’instant T.

PS9 : Néanmoins, je sais que je suis privilégiée. Je n’ai pas eu de décès dans mon entourage, je n’ai pas perdu mon boulot, j’ai pu connaître la réalité atroce de certains confinements donc je sais que oui j’ai de la chance. Mais ce n’est pas parce qu’il y a pire que nous (il y aura tjr pire) qu’il faut taire ce qui ne va pas.

Saint-Pierre, Martinique, Août 2020
Sainte-Anne, Martinique, Août 2020
Quoi de neuf docteur?

Félix ou la perte

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Marseille, France, Août 2020

Je pensais d’avoir déjà raconté l’histoire de Mme F mais visiblement non (alzheimer me guette je crois). Mon processus créatif étant très aléatoire j’ai souvent envie de te raconter des trucs mais il suffit que je ne prenne pas le temps et puis ça passe.

Bon bref pour faire court, Mme F, une trentaine d’années, qui vient d’un pays lointain. Elle a 2 enfants toujours là bas, un de 3 ans ici. Elle avait été mariée à un vieux monsieur qui heureusement est mort, on a voulu la marier à qqn d’autre, elle a fui et now elle a un nouveau mari en France, plutôt gentil visiblement.

Mme F avait 2 boulots pour économiser de l’argent pour faire venir ses enfants.

Bref. J’ai vu Mme F en septembre je crois où elle m’avait raconté tout ça et puis plus rien.

Je l’ai revue en juillet, ma collègue m’a montré 2 indications dans son dossier en silence : sa tension à 15/10 et puis « FCS à 7 mois« 

Je l’ai reçue…Pendant 30 minutes, on a pleuré Félix.

Félix c’est son bébé. Mme F est tombée enceinte, tout se passait bien, c’était une grossesse voulue, désirée. Iels attendaient le bébé avec impatience. Et puis à la dernière échographie…un problème, elle n’a pas trop su m’expliquer, je n’avais pas de compte rendu mais en réalité peu d’importance…Félix avait un handicap invalidant. On a alors proposé une IMG…une interruption médicale de grossesse…on a proposé à Mme F d’interrompre la grossesse…on a proposé à Mme F de dire au revoir à Félix.

Mme F et son mari ont réfléchi pendant des jours, une semaine, elle a pensé à Félix, à son fils de 3 ans, aux 2 enfants là bas, à comment s’occuper d’un enfant lourdement handicapé avec un pronostic vital engagé et une qualité de vie quasi inexistante et continuer à travailler pour subvenir aux besoins de tout le monde, elle s’est demandée si elle n’était égoïste, ce qui était bien/mal et la décision a été prise après réexplications avec les médecins en charge du dossier.

À 7 mois, on a stoppé la grossesse de Mme F. On lui a proposé la psychologue mais avec les histoires de covid, de consultations qui n’ont pas toutes repris…ça s’est passé par téléphone pour vérifier que Mme F « avait le moral » et puis c’est tout.

Il a fallu défaire la chambre de Félix, il a fallu expliquer à l’entourage ce qui se passait, il a fallu se justifier de ce choix, il a fallu regarder les autres femmes enceintes, il a fallu vivre avec la perte.

Mme F a passé 30 minutes dans mon bureau à pleurer parce qu’elle n’avait pas d’autres espaces pour le faire. Son mari va très mal, c’est difficile pour lui d’en discuter.

J’ai demandé à Mme F quand devait être son terme, elle m’a répondu « hier« , elle m’a alors demandé « vous pensez que j’ai fait le bon choix?« 

La réalité c’est que je crois qu’il n’y a pas de bon choix, il n’y a pas de choix idéal, il y a juste une décision qui aurait été bonne peu importe celle qui aurait été prise.

Dans le cas d’une IMG, le problème c’est qu’il y a le poids de la responsabilisation qui est décuplée (parce que je ne te parle même pas des dames qui se sentent responsables, coupables dans les fausses couches alors qu’en réalité ce sont des malformations, des problèmes d’implantations plus que des problèmes dépendants de la mère et du fait qu’elle a mangé bcp d’ananas la veille par exemple), parce qu’on te fait signer un papier, parce qu’au final c’est toi qui choisis…

Pendant 30 min, on a pleuré Félix, j’ai rassuré Mme F comme j’ai pu parce qu’en réalité, on nous apprend pas à gérer les pertes…

La fausse couche on s’en inquiète uniquement quand elles sont à répétition et la seule chose qu’on apprend dans notre cursus c’est le bilan biologique à réaliser après 3 fausses couches spontanées…

Le reste…QUEDAL…

L’IMG…un bref chapitre…où on t’explique que c’est en cas de malformations avec retentissement important ou pronostic vital engagé…que ça peut se faire à n’importe quel stade de la grossesse…que ça se discute en « équipe pluridisciplinaire« …on ne te raconte pas que la dame accouche de son bébé mort, on ne te raconte pas qu’on injecte qqch au foetus pour que son coeur s’arrête et que la dame le voit, le sait…on ne te raconte pas qu’on prend les empreintes de pieds et qu’on les propose aux parents…on ne t’explique pas qu’il y a un enterrement ou qqch du genre…

On ne nous apprend pas à rassurer, à expliquer…

Pendant le confinement, j’ai appris 2 arrêts de grossesses de 2 copines successives à 8-9 mois de grossesse, j’ai eu mal pour elles en me disant que bordel en fait les grossesses qui se passent bien ben franchement…c’est un coup de bol.

J’en ai parlé alors à une collègue qui m’a raconté ses 4 fausses couches qu’elle faisait à la maison parce qu’à l’hôpital en fait on ne lui faisait plus rien.

J’en ai parlé à une copine qui m’a parlé de sa fausse couche qui l’a traumatisée encore 1 an après et du fait que maintenant elle a peur de retenter…

J’ai trainé sur instagram et j’ai vu la vidéo de Juliette (coucoulesgirls) qui parlait de sa fausse couche

J’ai repensé à toutes ces femmes qu’on accusait de cacher leurs grossesses et j’ai compris.

On en a parlé avec ma mère hier et je lui ai expliqué que franchement quand tu as déjà fait une fausse couche, je peux comprendre que tu ne dises rien jusqu’à ce que le bébé soit là.

Le soir même, on a vu une vidéo de Rachida Dati qui parlait de sa grossesse qu’elle avait sécurisée parce que justement elle avait fait « tellement de fausses couches« 

J’ai repensé à toutes les femmes que j’ai vu après des fausses couches, toutes celles qui me disent « oui » quand je leur demande s’il y a eu « d’autres grossesses, des fausses couches, des avortements« , toutes les histoires qu’on m’a contées…

Et puis, je me suis demandée à quel point en fait la santé des femmes n’intéressait personne pour qu’on banalise la perte, pour qu’on accompagne pas ces femmes dans ces épreuves.

« C’est bon, vous allez expulser à la maison, prenez ces comprimés et faites une échographie après« 

ou pire « non mais c’est bon ça partira tout seul« 

et la tristesse, elle part toute seule? on fait une écho après?

C’est comme souvent malheureusement…il faut souffrir en silence, accoucher en silence, perdre sans pleurer, souffrir des règles sans le dire et incommoder les autres, être violé.e et ne rien dire, être agressé.e par des praticien.ne.s mais ne pas s’en plaindre.

Pendant 30 min, on a pleuré Félix, Mme F m’a remerciée, m’a dit qu’elle se sentait mieux et qu’elle irait lundi sur la tombe de Félix…

Je revois Mme F à la rentrée, j’espère qu’elle ira mieux, j’espère qu’elle pleurera moins..

Love

PS: Si tu as vécu une fausse couche, IMG ou IVG et que tu le vis difficilement, (oui parce que c’est pas parce que dans IVG ya « volontaire » que c’est tjr easy à vivre…et ça sans même parler des praticien.ne.s caca que tu peux avoir croisé.e.s sur ton chemin), fais toi aider, la santé mentale est importante. Il y a des gens formés pour ça dans les plannings familiaux, dans les centres de PMI, techniquement il y a des gens qui devraient être capables d’écouter ailleurs mais je n’en ai pas la certitude.

PS2: Si tu es tombé.e sur des gens qui t’ont culpabilisé.e, j’en suis désolée, je ne peux pas m’excuser pour elleux mais sache qu’il y a des gens qui essaient de faire autrement

PS3 : Si un jour je suis enceinte, je ne l’annoncerais nulle part avant l’accouchement et très peu de gens seront au courant. 

PS4 : Si tu es enceinte actuellement, ne charge pas ton esprit d’angoisses, ça va aller! 

PS5 : Merci de ne pas juger les choix des gens, tu aurais peut-être fait différemment dans la situation de Mme F selon tes convictions, moyens etc…chacun.e fait avec sa réalité et tu n’es pas Mme F.

 

Quoi de neuf docteur?

Je n’ai pas réussi à lui retirer son implant

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Moulins, Auvergne, Juillet 2020

Et concrètement s’il n’y en avait qu’un à retirer c’était le sien.

Celui de Mme E…

J’avais depuis 1 mois, un post it m’annonçant sa venue avec une histoire de dame qui pouvait parler sa langue à contacter…J’avais pas aimé ce post-it. J’aime pas les histoires de dames à appeler pour qu’elles traduisent parce que je ne sais pas qui elles sont, si elles traduisent bien, si elles ne sont pas un peu louches…et puis parce qu’on a un système d’interprétariat en fait et parce que souvent les dames parlent un peu français.

Bref elle est arrivée Mme E. Une dame l’accompagnait, elle a voulu rentrer j’ai dit non.

Mme E parlait très bien français. Souvent les dames s’excusent de ne pas « bien parler » français, je souris et je leur réponds qu’elles parlent mieux français que moi leurs langues.

Mme E venait pour retirer son implant. On remplit le dossier, elle ne comprend pas tout mais je comprends qu’elle fait des allergies, qu’elle a 2 enfants dont la dernière a 4 ans, qu’elle a eu une césarienne et qu’elle a un implant depuis 4 ans (normalement c’est 3 ans maximum).

Je ne lui pose pas la question des violences, je ne sais pas pourquoi. En général quand j’oublie c’est pas bon signe…

Je n’ai même pas le temps de lui demander si elle veut un autre moyen de contraception après, qu’elle me dit « Mon mari, c’est lui qui m’a forcée à mettre ça, je savais même pas ce que c’était »

Mes antennes Mari Caca se lèvent…je n’ai plus qu’à écouter.

Mme E a 31 ans, elle a mon âge, elle vient d’un pays d’Afrique. Sa mère est décédée quand elle avait 4 ans, son père est décédé il y a quelques années. Elle est venue en France parce que sa tante ne voulait plus s’occuper d’elle, donc on lui a arrangé un mariage avec un homme de là-bas mais qui vivait ici…

La suite on la connait malheureusement…les coups assez rapidement, pendant les grossesses, après les grossesses, les coups aux enfants.

M. Caca a pris les papiers de Mme E un jour et lui a dit « Comme ça, tu ne partiras pas et si tu pars, je vais te retrouver et te tuer« …alors Mme E a pris peur.

Et puis Mme E a accouché pour la 2e fois et puis là tout s’est accéléré, les coups, les menaces, la contraception forcée, les viols…

On s’installe sur la table pour retirer l’implant, je fais l’anesthésie et puis en attendant, je lui demande de m’expliquer comment elle a fait pour partir. Elle m’explique alors qu’un jour peu après le déconfinement , son mari caca a frappé son fils jusqu’à lui ouvrir l’arcade. C’était trop! Elle n’avait plus rien à perdre. Elle a dit stop, elle a fuis, il lui a attrapé le bras et l’a poussée dans les escaliers, les enfants ont couru, la voisine a ouvert la porte de justesse.

Mme E et ses enfants ont donc passé la nuit là bas. Mari Caca a alors menacé de frapper la voisine…

La voisine a appelé la police…Je te passe les détails…La police n’est jamais venue.

Et puis en plein milieu de la 2e nuit, Mme E est partie avec ses enfants dehors…dans la rue parce qu’elle ne voulait pas causer de problèmes à sa voisine.

Elle a marché, marché sans savoir où elle était parce que son mari l’empêchait de sortir habituellement. Elle n’avait personne ici, personne dans la vie en réalité, rien dans la vie en réalité. Elle ne sait pas lire, elle ne sait pas écrire, et pas un euro en poche.

A un arrêt de bus à 6h du matin, une dame lui a demandé ce qu’elle faisait avec ses 2 enfants sur les bras. Mme E lui a alors raconté.

Cette dame, son ange gardien, a alors appelé une association qui était près de chez elle et depuis Mme E est hébergée là bas avec ses enfants.

Mme E pleure en me racontant ça et je t’avoue que j’étais pas loin moi aussi en me disant qu’il y avait de beaux enfoirés sur la planète et des personnes qu’on croise qui nous sauve sans le savoir.

Je palpe le bras de Mme E, je ne sens pas l’implant, je lui demande où on lui a posé, elle me raconte alors la pose…il y a 4 ans, dans un hôpital près de mon travail. Mari Caca l’a emmenée à l’hôpital sans lui dire pourquoi, personne n’a parlé à Mme E. Quelqu’un s’est approché d’elle avec l’inserteur de l’implant (qui est gros et qui fait peur surtout quand tu ne sais pas ce qu’on va te faire), elle s’est alors débattue, iels l’ont maintenue. Mari caca, un médecin et quelqu’un d’autre. A 3 sur le bras de Mme E, sans anesthésie, sans explication, sans un mot…du coup…on lui a mis profondément…

Elle m’explique qu’elle a voulu à plusieurs reprises le faire retirer, qu’elle a demandé à son mari de l’emmener pour qu’on lui retire il a répondu « Non, tu n’as qu’à y aller toute seule » sauf que Mme E ne parlait pas bien français. Elle a été voir une fois un médecin en essayant de lui expliquer mais il n’a pas compris et lui a fait une échographie du bras qui montrait effectivement un implant profond.

Elle m’explique que quand son père est mort, Mari Caca lui aurait dit « Maintenant tu n’as plus que moi dans la vie » et il aurait rigolé.

Elle me raconte qu’il l’a isolée, qu’elle ne savait même pas son adresse.

J’essaie de lui retirer son implant, moi la pro…mais rien à faire, ce que je dis à mes internes je ne l’applique pas « Si tu ne sens pas l’implant n’essaie pas » non j’essaie parce que l’affect est là, parce que je sais que cette porte ne se fermera qu’une fois cet implant retiré…

Cet implant qui lui rappelle cet homme

Cet implant qui lui rappelle cette violence

Je n’ai pas réussi à lui retirer son implant, je l’ai adressée à l’hôpital…le même qui lui avait mis, parce qu’elle n’a pas de sécu, que les autres hôpitaux donnaient des rdv dans longtemps…

Elle a tenu son sourire jusqu’au bout, jusqu’à franchir la porte du centre.

Moi je suis retournée dans mon bureau rapidement et j’ai pleuré de tristesse, de colère!

Je me suis sentie inutile et puis ça a toqué, c’était elle. Elle m’a prise dans ses bras et elle m’a dit Merci.

Je lui ai demandé pourquoi, parce que je lui avais laissé son implant et elle m’a répondue « d’avoir été sur ma route »

J’ai demandé à Mme E comment elle avait fait pour apprendre à parler aussi vite français, elle m’a répondu « avec le confinement, Mon mari était à la maison, c’était dur mais du coup la télé était allumée en permanence donc j’ai écouté, j’ai appris« 

J’ai souri

Et elle a rajouté « tout arrive pour une raison« 

et là on a chialé ensemble…

 

Love

 

PS: Hier j’ai regardé mes pieds, je leur ai dit « vous êtes pas très beaux mais de toute façon votre but c’est d’être là c’est tout et c’est déjà beaucoup » ben voilà c’est valable pour moi, pour toi, pour nous. Notre but c’est d’être là, de croiser des routes…même si on se demande pour quelles raisons…

PS2 : Normalement l’implant de Mme E sera retiré dans 2 semaines

PS3: Je ne sais pas si je reverrai Mme E mais je sais en tout cas qu’elle est arrivée dans ma vie pile au moment où je me demande le pourquoi de certaines choses

PS4 : Elle ne m’a pas raconté son enfer de confinement…les huis clos de l’enfer je les connais…ils me font peur…

PS5 : L’implant est un moyen contraceptif, un dispositif sous cutané (SUPERFICIEL) mis en place pour une durée maximale à l’heure actuelle de 3 ans. On doit te le mettre et te le retirer SOUS ANESTHESIE!

PS6 : Tout arrive pour une raison, c’est ma philosophie, mon mantra, mais je peux entendre qu’il soit difficile à entendre pour toi voire absurde. Mais aujourd’hui c’était la sienne aussi, ça lui fait du bien, ça me fait du bien…

 

 

Quoi de neuf docteur?

J’aime pas quand on me dit Merci

 

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Paris, France, Avril 2020

Alors le concept de gratitude, ça, ya pas de problème, je remercie la vie, l’univers, les gens etc etc…

Mais alors quand il m’est adressé…l’angoisse.

En ce moment…c’est pire! Je ne vais rien t’apprendre mais on est en confinement, c’est compliqué, je bosse en planification familiale, donc qd les femmes arrivent à me trouver pour faire une IVG ou quand elles arrivent à nous joindre pour nous raconter leurs enfers…Elles me disent MERCI.

À ces merci, je réponds « c’est normal », pas pour sous estimer ce que je fais mais parce que je suis réellement convaincue que cela devrait être normal, de pouvoir aider des gens, de pouvoir les écouter, de pouvoir les recevoir.

Mais force de constater que non…j’ai du appeler 2 labos qui ont dit « que quand même la priorité n’était pas de tuer des enfants », 3 radiologues qui ont dit « que c’était pas une urgence » et je te passe les faux numéros verts qui culpabilisent etc etc etc…

BREF, ça, c’est pour l’IVG.

Pour les violences…on a un numéro pour envoyer des SMS parce que ouais hein c’est pas évident de base d’appeler (hello les phobiques du tel comme quoi qui transpirent quand on doit passer un coup de fil) et encore moins quand tu vis avec qqn de violent! et on répond par mail aussi!

Bref, je vais te raconter l’histoire de Mme F 25 ans.

Mme F a 25 ans, elle bosse en freelance, elle vit dans un studio à son nom. Elle rencontre un mec, bof qui a « l’air normal » (now quand on me dit ça, je me méfie, je ne sais pas ce que c’est la normalité avec tout ça) bref il a l’air normal. 2-3 resto, 2-3 cadeaux, il lui dit qu’il est fou d’elle mais que misère, iels ne peuvent pas rester ensemble s’iels ne sont pas mariés (non je ne vais pas sur un terrain glissant, ceci n’a rien à voir avec la religion musulmane, ça a juste à voir avec des connards, je trouve ça dingue qu’il faille encore expliquer ça mais bon).

Bref donc Mme F se retrouve mariée sans être présente à son mariage (je ne sais pas comment c’est possible) de façon « religieuse ». De là Monsieur change…(toujours ils changent…non je déconne! Pas de généralité, il existe des personnes très bien et qui le restent) il commence à être un peu insistant pour les rapports sexuels, il commence à vouloir rester tout le temps dans son appartement à elle, ben iels sont marié.e.s qu’il lui dit, il exige un double des clés (misère misère) et il débarque chez elle sans frapper à n’importe quel moment (merci l’intimité).

Et puis ça s’enchaine, les critiques, les reproches, les insultes. Petit à petit, il lui demande de changer son style vestimentaire. Il ne faut pas s’habiller comme une tchoin qu’il dit. Et puis il « se calme » qu’elle me dit, il lui propose d’aller faire ses courses pour elle, il lui propose de payer son loyer un mois où elle galère financièrement…Petit à petit, elle ne maitrise plus rien de sa vie…ni ce qu’elle porte sur elle, ni ce qu’elle mange, ni rien.

Elle n’a plus le droit de voir ses ami.e.s, elle leur envoie un sms qu’il lui dicte, il fouille son téléphone. Elle parle peu à ses parents qui ne sont au courant de rien « pour ne pas les inquiéter » et puis les gifles arrivent peu de temps après.

Puis ce qui devait arriver, arriva, vu qu’elle ne peut pas prendre de moyens de contraception parce qu’il fouille tout et lui a interdit, elle tombe enceinte. Il le sait parce qu’elle n’a pas écrit « serviettes hygiéniques » sur la liste de courses et qu’il tique tout de suite. De là elle apprend qu’elle n’est pas la seule, il y a une autre femme enceinte elle aussi…

Son monde s’écroule.

Elle galère pour sortir de chez elle, vu qu’il la piste, alors quand je lui apprends que je peux faire l’échographie sur place et que sa vieille carte de groupe sanguin qui date de son appendicectomie à 8 ans suffit, elle est contente.

Je la reçois, elle me déballe tout ça, je lui explique la procédure, je lui demande comment elle va cacher les comprimés, les ordonnances tout ça, on trouve une stratégie. Je lui demande ce qu’elle va lui dire pour expliquer cette grossesse qui s’arrête, on trouve une stratégie. Je lui demande comment elle peut sortir de cet enfer, on trouve une stratégie.

Et puis elle m’a dit Merci…

Elle m’a dit merci, elle a pris ses comprimés, ses enveloppes et elle est partie. Elle a promis de nous appeler la semaine d’après, elle ne l’a pas fait. On ne pouvait pas l’appeler nous parce qu’elle nous avait donné consigne de ne pas le faire vu qu’il surveille ses appels voire même a son téléphone à elle sur lui. J’ai vu qu’elle avait pu faire son contrôle biologique et que la grossesse était finie. J’ai soufflé un peu en espérant que la prochaine étape serait que cette relation se termine aussi.

Ça m’a pris 1 semaine pour digérer tout ça, 1 semaine pour arrêter d’y penser, 1 semaine pour arrêter de dire « mais quelle bande d’enfoirés« , 1 semaine pour arrêter de me dire « Mais tu imagines si toi un jour tu te retrouves embarquée dans une histoire comme ça« , 1 semaine pour arrêter de me dire que tous les hommes étaient des pervers narcissiques manipulateurs, 1 semaine pour arriver enfin à faire la distinction entre une absence d’ego et un « je m’en fous de toi, je disparais, je me tais pour que tu deviennes totalement dépendante et que je te brise« , 1 semaine pour me dire #notallmen parce que j’avais oublié, 1 semaine…

Ce merci il me fait mal…

Merci de quoi? d’être humaine? d’essayer d’être bienveillante? d’être là pour celleux en souffrance? de vouloir que la planète tourne un peu mieux. Beaucoup de gens me mettent sur une sorte de piédestal. Je ne me considère pas comme irremplaçable, si ce n’est pas moi, d’autres le feront (du moins j’espère). Je n’ai aucune gloire ni aucun courage à faire ce que je fais parce qu’en plus je ne le fais pas toujours bien même si je fais toujours de mon mieux.

J’ai fait ce choix un jour parce que je crois que le mot qui me définit le mieux c’est altruiste. J’aime aider, ça me démolit, ça me détracte, ça me fait du mal aussi de temps en temps mais c’est la mission que j’ai décidé de donner à ma vie actuellement. Mais ce choix me donne aussi beaucoup de satisfaction quand on s’en sort, quand j’entends certains discours qui me font espérer que ça ira mieux, quand je vois les choses avancer (doucement mais avancer tout de même).

J’ai un prisme particulier, accentué probablement bien que…quand tu regardes les stats je ne suis pas certaine.

1 semaine…

Parce qu’il y eu encore une fois un Merci, parce qu’en ce moment j’en ai beaucoup des merci…

Parce que la violence, la souffrance, l’anxiété, je peux la supporter au travail, même si en ce moment, on explose tous les compteurs…(forcément les huis clos je t’en ai déjà racontés et globalement c’est l’image d’une allumette devant la bonbonne de gaz) mais je ne peux plus la supporter et la voir dans les autres sphères de ma vie et du coup avec le contexte actuel c’est ULTRA DIFFICILE! (hello BFM, hello les publications conspirations, les appels à l’hyperproductivité, les injonctions, l’écoanxiété etc etc)

Il y a maintenant 2 semaines et demi, que je fuis les réseaux sociaux, même ceux que j’adore, que je fuis les actualités, que je fuis les mails, parce que le contexte est compliqué, que tout le monde est anxieux et que je ne peux pas en fait absorber le stress des autres au quotidien en plus de celui pour lequel je suis payée.

C’est aussi ça être humain.e et aider. S’aider déjà soi, prendre de bonnes décisions pour soi, respecter ses limites.

Alors n’hésite pas à profiter de ce moment pour trier ce qui t’apporte de la joie ou du stress, les gens qui te font du bien ou pas, les activités qui t’apportent plus qu’elles ne te prennent. (même si cela veut dire que tu te désabonnes et que tu ne lis plus mes articles, fais ce qui te semble bon pour toi)

Love

PS: Mme F va s’en sortir, malgré sa précarité, elle n’est pas dépendante administrativement, elle a un travail, un entourage et elle n’est pas dans le déni et elle a des stratégies. J’en suis persuadée!

PS2: J’ai demandé à Mme F quand même pourquoi à chaque fois on me racontait la même histoire…elle m’a dit qu’il existait des « Couille Club » où ils se donnent des bonnes idées et astuces pour biiiiiien « dresser leurs femmes » J’ai eu envie de vomir.

PS3: Ça peut arriver à beaucoup de personnes, les plus grandes maladies du monde je crois que c’est le manque de confiance en soi, le manque d’estime de toi et le manque d’amour pour soi…ça attire des gens qui veulent en profiter, ça te met dans une situation de dépendance, d’emprise et le piège se referme.

PS4: Si un jour j’ai des enfants, je pense que c’est ce que j’essaierais de leur apprendre…ne pas attendre de l’autre même si c’est pas évident. Qu’on peut avoir des envies avec qqn mais que c’est la cerise sur le gâteau. (après ce n’est pas ce que la société définit comme « réussir sa vie »…faut être marié.e.s, avoir des enfants, le cdi pour faire le prêt immo pour la maison avec jardin, les 2 chiens et le monospace qui encore actuellement demandent souvent la participation d’un tiers, il y a d’autres schémas possibles même si tu as le droit de vouloir tout ça et de l’avoir d’ailleurs, par exemple je veux tout ça aussi (ouais ouais ça change doucement pour l’histoire des enfants) mais j’essaie d’abord d’avoir d’autres aspirations qui me font elles aussi vibrer genre aider, genre m’épanouir solo, genre plonger dans une rivière nue, genre ne pas stresser si tout ça n’arrive pas parce que j’existe et suis déjà heureuse et puis au pire je peux me marier religieusement avec pierre, paul, jacques visiblement ou même avec moi-même je pense dans certains états des USA, je peux partir dans un pays faire une FIV ou demander à qqn (j’insiste bien IL FAUT DEMANDER, ON NE FAIT PAS DES ENFANTS DANS LE DOS DE QQN) et ouvrir un cabinet en libéral pour mon prêt immo, faut juste savoir ce qui est le plus important) 

PS5: Faut que d’ici là je l’intègre bien bien bien personnellement et que je ne l’oublie pas

PS6: Porte toi bien! Je t’envoie du love

PS7: 3919 par tel, 114 par sms, 119 pour les enfants

PS8: Pleaaaaaase, ne me dis pas Merci en commentaire. Par contre tu peux me dire coucou.

Quoi de neuf docteur?

Mme C

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Fort-de-France, Martinique, Janvier 2020

Mme C a tout perdu dans sa vie…

Je la connais depuis plusieurs années Mme C, 31 ans, 2 enfants. Elle venait toujours pour une histoire de contraception qui n’allait pas et qui gênait son mari. Et puis une dernière grossesse en 2018. Je la sentais déconnectée, un peu limitée mais bon ça allait, elle faisait à peu près ses examens…

Mais j’ai tiqué, je sentais le truc chelou, je reniflais le malaise, alors j’ai mené mon enquête et avec mes collègues là depuis longtemps j’ai eu connaissance du vrai dossier : Mme C 31 ans violences conjugales avec « Mari lui ayant donné un coup de hache sur la tête » il y a 5 ans…

À l’époque pas de plainte mais un passage tout de même en unité médico-judiciaire pour « constat des blessures« .

Le dossier venait de changer, j’ai donc posé des questions mais rien « non non mon mari est gentil, c’est le plus beau des maris » (je te jure qu’elle m’a dit ça) « non non ça va avec les enfants » Bref rien de spécial mais ça puait… 2 adultes, 2 enfants, 1 grossesse dans un studio de 30m carré, ça sentait le huit clos de l’enfer.

On a fait des visites, on a donné des rdv mais non rien…

Et puis Mme C est partie à l’hôpital pour la suite de son suivi et puis elle est revenue en consultation post natale . Visiblement elle avait fait un diabète gestationnel à la fin de sa grossesse, qui n’a pas du tout été suivi « parce qu’elle n’a pas été aux rdv » et puis devant le compte rendu, je vois marqué « césarienne pour macrosomie » = bébé de 4kg700, autant te dire que franchement avec ce poids là, ton vagin doit te remercier je pense pour la césarienne.

Je demande à Mme C, ce qui s’est passé, elle me raconte avoir mangé 3 kg de dattes un jour pour accoucher plus tôt et que personne ne l’avait prévenue pour la césarienne.

Elle reste bloquée pendant 20 minutes sur la césarienne, j’explique qu’avec le diabète et ce poids c’était difficile autrement, je rassure du mieux que je peux, j’examine et puis en partant, elle me dit cette petite phrase qui a tout déclenché « oui mais vous pensez que mon bébé il est vraiment sorti« . J’ai refermé la porte, on a parlé et là elle était en boucle sur la césarienne avec trois questions « mais vous pensez que mon bébé il est vraiment sorti? » ,  « mais pourquoi la césarienne? » et « mais c’est vous qui avez suivi ma grossesse ou pas, je ne m’en rappelle plus? » je pense au moins 50 fois chacune.

Mme C était en pleine psychose, une vraie, ma première. J’ai donc appelé l’hôpital qui n’avait pas l’air inquiet et qui m’a dit de l’adresser au CMP…1e rdv au CMP disponible 1 mois plus tard, j’ai rappelé l’hôpital qui m’a dit de « lui dire de venir en consultation le lendemain » sauf que Mme C n’a pas le permis et était tributaire de son mari. Mari pas du tout inquiet devant cette situation. J’ai demandé si nous pouvions faire une hospitalisation à la demande d’un tiers sauf qu’elle n’avait proliféré « aucune menace pour autrui ou elle-même » et n’était pas connue sur un point de vue psychiatrique.

J’ai donc demandé une aide à mes collègues qui ont décidé de faire une visite histoire de voir comment ça se passait à la maison et convaincre monsieur de l’emmener consulter qqn.

Ça a pris 6 mois pour que Mme consulte enfin qqn. 6 mois pendant lesquels, elle allait mal, elle aurait été violente envers les enfants, envers monsieur, envers elle-même, 6 mois pendant lesquels je ne l’ai pas vue, 6 mois pendant lesquels tout le monde savait que la situation était critique. 6 mois pendant lesquels les coups retentissaient à travers les murs, 6 mois pendant lesquels les voisins, les voisines ont appelé la police, enfance en danger etc…6 mois pendant lesquels rien n’a bougé

Et puis un jour, Mme a frappé Monsieur et du coup il s’est décidé à l’emmener voir un psychiatre. Mme C a été mise sous traitement et a été mieux rapidement. Pour « qu’elle aille mieux« , Monsieur a envoyé les enfants loin très loin…

Pendant ce temps là, d’autres patientes m’ont dit entendre Mme C se faire tabasser chez elle. Pendant ce temps là, on a vu Monsieur tirer le bras de Mme C juste en face de la structure.

Et puis Mme C a retrouvé son état totalement normal et a demandé à ce que les enfants reviennent en France

Monsieur a dit NON, Monsieur a demandé le divorce, Monsieur a demandé la garde exclusive, Monsieur a mis Madame dehors.

Monsieur a monté un dossier avec des vidéos de Madame énervée, criant sur les enfants qui dataient de l’époque où Mme n’allait pas bien du tout, Monsieur a pu se payer un bon avocat, parce que lui il travaille.

Mme C nous a alors raconté son enfer, les coups à elle, aux enfants, les viols, la grossesse non désirée, le coup de hache, les menaces de divorce et d’expulsion si elle portait plainte. Alors on a essayé de monter un dossier avec les éléments qu’on avait, les témoignages de tout le monde, les certificats médicaux et l’avocat commis d’office.

On a reçu Monsieur pour essayer de discuter qui nous a dit « Si je n’ai pas la garde exclusive, je tue Mme » et a menacé tout le personnel de représailles. On a eu interdiction de recevoir Monsieur de nouveau dans les locaux, sauf que la porte ne se ferme pas et qu’en pratique on fait comment…

Le jugement a eu lieu la semaine dernière, Monsieur a obtenu la garde exclusive, le divorce est en cours, Mmc C est expulsable et vit désormais entre hébergement d’une nuit via le 115, nuits à l’hôpital et dans des halls d’immeubles.

Monsieur a obtenu la garde exclusive malgré les violences sur Mme et sur les enfants, malgré le fait qu’il a délibérément retarder le traitement de Mme C, malgré ses menaces proférées de meurtre, malgré le coup de hache. La garde exclusive et pas d’ordonnance de protection pour Mme C.

Cette semaine, j’ai vu Monsieur dans le quartier, main dans la main avec une nouvelle femme.

Cette semaine, j’ai vu Mme C qui m’a dit vouloir en finir avec la vie…

J’ai appelé son psychiatre et j’ai pleuré…

Love

PS: En 2019, il y a eu 150 féminicides en France et j’ai toujours une crainte quand je vois les chiffres c’est que ce soit une des femmes dont j’ai croisé la route. Non ça ne va pas mieux, non il n’y a pas de meilleure conscience collective. Oui il y a des gens bien et c’est pas #allofmen mais c’est #quandmêmebeaucouptrop 

PS2: Des situations comme ça, j’en ai, elles me marquent, elles me touchent, elles me font réfléchir à la vie. Elles m’abîment des fois moi aussi un peu et puis ça passe mais forcément ça biaise mon regard sur pas mal de choses. 

PS3: je te mets ce lien plus qu’utile LE VIOLENTOMÈTRE

PS4: Oui je sais, cette histoire est difficile, douloureuse et absolument pas réjouissante. Elle fait partie de la réalité, pas forcément la tienne mais c’est en parlant et en les rendant visibles qu’un jour elles disparaitront pour de vrai (j’espère…)

Quoi de neuf docteur?

« Est-ce que vous avez vécu des violences dans votre vie? »

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Cassis, France, Octobre 2019

Cette question, je la pose à tout le monde dès que je crée un dossier médical. Bon quasi tout le monde, des fois j’oublie et clairement je ne devrais pas. Mais c’est comme le tabac, des fois j’oublie.

La semaine dernière, je remplaçais et puis mes collègues m’ont dit « c’était toi en consultation mercredi?« 

J’ai flippé ma race, je me suis dite « Putain, est-ce que j’ai merdé? je vais encore avoir un pb? il faut vraiment que je prenne des vacances!« 

J’ai répondu un oui tout faible. Oui c’est moi qui faisait la consultation mercredi.

Et mercredi, j’ai reçu une femme, des femmes. À qui j’ai posé cette question :

« Est-ce que vous avez déjà vécu des violences dans votre vie? Est ce qu’on vous a déjà tapée, frappée, violée, harcelée, insultée? » De façon fluide et naturelle.

1 fois sur 5 on me répond Oui (ce sont mes stats et les stats de la planète à peu près), 4 fois sur 5 on me répond Non.

Quand on me répond Oui, je demande quel type, si c’est fini, si ça va, si elle veut en parler, si elle en a déjà parlé et je rappelle que là où je travaille on peut en parler.

Quand on me répond Non, je demande « Tout le monde a été gentil avec vous?« 

Là j’ai des oui, des sourires, des bouches qui se pincent, des grimaces, des « mouais », tout sorte de choses.

Mercredi dernier, Mme M m’a répondu Non puis Oui. Elle venait pour une pose de DIU qui s’est très bien passée et puis elle est partie.

Et puis elle a envoyé un mail pour raconter son histoire, son histoire de violences, pour dire que cette question lui avait permis de repenser à des choses qu’elle avait vécues et qu’elle ne voulait plus être dans le déni et qu’elle nous remerciait.

J’ai pleuré et là tout de suite je pleure encore et je souris.

J’ai partagé cette info avec ma petite avec qui on a fait une thèse (géniale) sur justement les violences sexuelles et sur l’intérêt du dépistage systématique. Notre directrice de thèse nous avait dit que la thèse nous changerait…Moi elle m’a apporté une amie en or, un boulot que je fais pas trop mal et du baume au coeur quand je reçois ce genre de témoignage qui me montre que ça sert à qqch.

Alors ce jour là, je me suis promis de faire ce travail encore longtemps et de le faire du mieux que je peux.


Aujourd’hui, j’ai consulté, j’ai vu 5 femmes, j’ai eu 1 oui, un viol il y a plusieurs années. On en a parlé, de l’impact que ça avait eu sur sa vie sentimentale, sur sa vie sexuelle, sur sa confiance en elle, sur sa confiance en l’autre.

Et puis aujourd’hui, j’avais une étudiante qui m’a dit : « Pourquoi tu poses systématiquement la question?« 

J’ai répondu « Pour avoir des réponses« 

Parce que quand on ne cherche pas, on ne trouve pas, quand on n’est pas à l’écoute on passe à côté, parce que poser la question ça ouvre une porte et parce que taire les violences c’est laisser souffrir les femmes…

Love

PS: Si tout le monde n’a pas été gentil avec toi, il y a des gens pour t’aider et t’écouter

PS2: J’utilise cette phrase qui peut être considérée comme infantilisante, parce que souvent derrière le mot violences, on s’imagine le scénario avec les côtes fracassées, le viol brutal dans un parking par un inconnu alors qu’il y a tout le reste, la violence insidieuse, la violence progressive, la violence dans son propre lit. Alors que c’est plus facile d’identifier qqn qui a manqué de gentillesse, d’amour, de respect.

PS3: Je t’annonce que j’ai survécu à mon mois d’octobre avec BRIO cette année! Pas de coeur brisé, pas de burn out, pas de remise en question, pas de déménagement.

Quoi de neuf docteur?

« Ouais mais il est pas sexy le slip tu imagines un mec se déshabille et tu vois ça » ou la contraception testiculaire

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Ci dessus un petit chien portant un slip, aucun animal n’a été maltraité pour cette photo

 

Si tu me suis sur Instagram ou qu’on se connait dans la vraie vie, tu sais probablement qu’il s’est produit plein de changements dans ma vie professionnelle.

Tout d’abord j’ai quitté un de mes centres non fonctionnels où j’avais qq problèmes avec mes collègues.

J’ai donc cherché à remplacer cette consultation et puis j’ai fini par atterrir là où en fait je devais atterrir parce que tout a convergé vers cet endroit : Le Planning Familial.

C’est à dire travailler en militant, militer en travaillant, être payée pour militer et travailler. Avoir des collègues qui s’y connaissent, qui comprennent les problématiques, qui sont novatrices.

Bref donc je suis tombée dans la marmite et j’ai découvert la CONTRACEPTION TESTICULAIRE (dite MASCULINE)

 

Je dois t’avouer plusieurs trucs :

  • j’y connaissais rien
  • je restais persuadée que personne n’allait adhérer ni les mecs ni les nanas

 

Alors j’ai commencé mes consultations et j’ai vu que ça fonctionnait, que ça marchait, que des mecs venaient, que des couples venaient.

Alors j’ai commencé à en parler autour de moi, à des mecs, à des meufs, à tout le monde, j’ai fait des posts, j’ai montré des photos mais rien de très officiel parce que je ne me sentais pas légitime (lol après tout hein c’est pas comme si j’avais une consultation par mois dédiée, syndrome de l’imposteur sors de ce corps)

Et puis cet aprem je suis tombée sur un article sur la charge mentale de la contraception. Qui expliquait que ouais bien souvent c’était aux femmes de prendre le rdv, de subir la contraception, de la payer, de vivre les effets secondaires, de gérer les échecs et les oublis. J’ai donc partagé pour avoir des retours.

Et là… « Ouais mais moi ça me rassure de devoir gérer ma contraception » « si c’est l’homme qui s’en charge c’est pas sûr il peut oublier » « et puis à part le préservatif, il y a quoi comme alternative? »

Je ne vais pas te mentir, j’ai été pendant longtemps en couple avec un mec qui était capable de sortir de chez lui sans chaussettes donc se charger de notre contraception…No Way. Sauf que ce mec n’était pas un homme c’était juste un gamin. Je suis désolée mais il faudrait arrêter :

  • De mettre tous les hommes dans le même panier (oui c’est bien moi qui écrit cet article, non je ne suis pas en train de faire un AVC)
  • De croire que les hommes sont des imbéciles qui ne sont pas capables de SE gérer et de gérer une contraception

Le mec qui m’a fait changer d’avis sur la contraception testiculaire c’est Léo.

Léo a 19 ans et Léo se contracepte depuis 6 mois avec de la contraception hormonale par injection.

Léo est en couple depuis 1 an avec une meuf qui ne supporte pas les hormones, elle tombe en dépression, elle a des migraines, elle a une libido qui frôle le -1000, elle prend beaucoup de poids bref ça la flingue. Elle a posé un DIU au cuivre malgré son endométriose bien cognée qu’elle a expulsé de surcroît. Donc Léo en homme responsable de sa vie sexuelle et de sa contraception a proposé de s’en occuper et de se contracepter.

Donc toutes les semaines, Léo se fait faire une injection hormonale malgré la douleur (supportable), malgré ses +2 kg de fesses musclées, malgré la contrainte de prendre RDV chez l’infirmière parce qu’en fait…ben Léo est un homme responsable (je rappelle que Léo a 19 ans)

Donc si Léo peut faire ça…Si Léo a pu voir la détresse de sa copine…Si Léo peut « endurer » la contraception pour garder une vie sexuelle sans procréation…Si Léo ne loupe aucun de ses rdv et gère son emploi du temps…je pense qu’il faut un peu arrêter de prendre tous les hommes pour des imbéciles. (Même si bien sûr il y en a…je conçois)


L’autre jour, je discutais de ma propre contraception avec qqn en expliquant mes dilemmes internes, que je vais te partager même si tu t’en fiches :

  • La contraception oestroprogestative remboursée par la sécu soit me défigure le visage, soit me donne des mastodynies (des seins vachement douloureux) soit des migraines de malade.
  • J’ai peur de l’impact écologique de la contraception hormonale, genre si les hormones passent dans mon urine qui est déversée dans l’océan puis dans les poissons qui n’ont rien demandé
  • La contraception par DIU (Dispositif Intra Utérin ou le stérilet nom que je n’aime pas) au cuivre: au bout de combien de temps tu te dis « ok cette relation est assez durable pour que je me fasse poser un truc long » (réponse: Alors déjà tu ne connais pas la date de fin de ta relation donc ça ne veut rien dire durable, au bout de 13 ans, les gens se séparent tout autant et puis après ouais peut etre que c’est pas viable mais j’ose espérer que tu auras tout de même une vie sexuelle en 5 ans de validité de ton DIU)
  • la contraception dite « naturelle » ne fonctionne pas avec ma « dystrophie ovarienne » comme me l’a dit la gynéco (il va falloir que je te raconte la dernière gynéco que j’ai vue, j’ai l’impression d’être dans un sketch et depuis je me suis mise au stretching pour m’auto examiner)

Bref donc devant tant de problématiques, j’en ai discuté avec qqn qui a proposé une solution l’incluant et une potentielle discussion. Et j’ai trouvé ça cool!


Il y a qq semaines, sur le compte Instagram Tubandes (génial au passage), il y a eu un témoignage qui m’a rendue vachement triste. Il s’agissait d’un homme en couple depuis longtemps qui expliquait que sa copine avait un DIU qu’elle avait fait retirer sans l’en informer des mois auparavant et que du coup elle lui annonçait la grossesse alors qu’elle était au courant de son non désir d’enfant à lui. Je me suis demandée dans quel monde vivait-on. Et du coup, j’ai commencé à militer activement pour la contraception testiculaire pour que les hommes puissent assurer leur non désir d’enfant d’une part et que la charge mentale contraceptive puisse être plus équitable d’autre part.

 

Du coup, je vais te parler des options qui existent à l’heure actuelle en France. Si tu es porteur.se de testicules voilà ce que tu peux faire :

  • La vasectomie :

Procédure chirurgicale qui consiste à couper les canaux déférents. (non ce n’est pas une castration, tu gardes tes testicules). De façon très raccourcie : le sperme c’est un mélange de sécrétions de la prostate + sécrétions de la vésicule séminale + Spermatozoides produits dans les testicules.

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Localise le testicule, le canal déférent, la vésicule séminale, la prostate puis le méat urétral. Ce qu’on coupe c’est le tuyau marron clair uniquement

Le but étant donc de couper les canaux déférents (2 testicules donc 2 canaux déférents) qui servent à amener les spermatozoïdes de tes testicules aux restes des sécrétions afin de former le sperme qui va ensuite passer par l’urètre et être évacué lors de l’éjaculation. Ce qui veut dire que TU GARDES DU SPERME, juste il n’y a pas les spermatozoides dedans (tu ne tires pas à blanc comme iels disent). Comme pareil on ne coupe rien d’autre, tu gardes une érection, bref tu gardes tout. C’est une intervention dite « définitive » mais il y a des cas de réversibilité et quoi qu’il arrive, on va te proposer de mettre aux frais du sperme au cas où « tu changes d’avis » pour aller en procréation médicalement assisté.

Comme toutes les chirurgies définitives, il y a une galère administrative : d’abord il faut trouver qqn qui sera ok pour te le faire….ensuite il y a un délai de réflexion de 4 mois. Sache par contre qu’il n’y a pas besoin d’accord de ta compagne (ni dans le cas d’une ligature des trompes, je ne sais pas pourquoi ça reste encore dans les mentalités) et que ce n’est pas efficace tout de suite, il faudra attendre 3 mois pour que ça le soit (valable pour toutes les méthodes parce que pour produire un spermatozoide ça prend 3 mois- 72 jours en réalité- donc si la machine est déjà lancée on ne peut pas l’arrêter

Vasectomie par ARDECOM

Petit témoignage de Fab de Madmoizelle qui l’a fait

  • La contraception hormonale

Elle consiste à administrer une dose de testostérone toutes les semaines en intra musculaire pour faire croire à ton cerveau que tu produis déjà beaucoup trop de testostérone et que donc ce n’est pas la peine d’en produire de nouveau (ça s’appelle le rétro contrôle négatif). Et si pas de testostérone = pas de production de spermatozoides.

Qui dit hormones dit Contre indications : en gros, si tu es en surpoids, si tu fumes, si tu bois, si tu as des antécédents relous dans ta famille ou que toi même tu as déjà eu des pb : C’EST MORT (comme pour les personnes avec des ovaires et utérus d’ailleurs) ah et petite info…t’auras du coup pas droit non plus au Viagra quand tu seras vieux…sorry!

Qui dit hormones dit Effets secondaires : troubles de l’humeur, prise de poids (plutôt du muscle, Léo était content il a pris des fesses et il a changé de taille de boxer), acné, tout comme nous quoi encore une fois. Et comme encore une fois pour nous, c’est personne dépendante, toi ça peut t’aller tout comme ça peut ne pas aller à ton.a voisin.e.

Qui dit injection dit piqûre donc soit infirmier.e, soit ta copine, soit toi-même.

Le protocole est validé pour 18 mois parce qu’il n’y a pas eu d’études allant plus loin pour vérifier la réversibilité.

Et comme dit en haut, ça prend 3 mois pour que ça fonctionne (le temps d’arrêter toute production de petit spermatozoïde). Tout comme pour la vasectomie, tu gardes ton sperme (je précise parce qu’on me pose cette question à chaque consultation). Il y a des cas de non répondeurs : 20%, si ça ne fonctionne pas, on arrête. Si ça fonctionne, tu continues et on vérifiera de temps en temps que ça fonctionne bien.

C’est toutes les semaines, c’est pas remboursé par la sécu mais ton.a pharmacien.ne des fois n’est pas super regardant.e sur le « Hors AMM » donc ça passe de temps en temps sinon c’est moins de 10€ l’injection. (par contre l’infirmière.e c’est remboursé). Après c’est un coût mais comme ta superbe pilule 3e géné qui ne va pas te flinguer ton visage avec ton acné non remboursée donc ça peut rentrer dans un budget sexe. (pour rappel : un enfant ça coûte cher apparemment)

Contraception hormonale par ARDECOM

  • La contraception thermique 

En fait elle porte mal son nom parce que du coup les mecs ont peur que « ça chauffe » alors qu’en réalité ça ne chauffe pas du tout. En tout cas toi tu n’as pas chaud.

Est-ce que tu t’es déjà demandé.e pourquoi les testicules sont pendants, pourquoi c’est à l’extérieur du corps et pas à l’intérieur comme les ovaires?

En réalité c’est pour justement permettre la spermatogenèse (production de spermatozoïdes). Pour fabriquer des spermatozoïdes, les testicules ont besoin d’être à une température plus basse que le corps humain. C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’on vérifie que les testicules des enfants sont bien descendus et sinon on opére pour éviter la stérilité.

Le fait d’avoir les testicules dans le scrotum, donc à l’extérieur du corps, permet d’être à une température avoisinant les 35° et donc de permettre la spermatogenèse. (d’ailleurs j’ai appris, n’ayant pas de pénis, que qd il fait chaud  et que certain.e.s porteur.se.e de testicules transpirent, le scrotum descend pour garder les testicules au frais)

Bon bref, du coup c’est dehors et en bas pour être au frais et permettre aux spermatozoïdes d’être produits. Donc réflexion, si on augmente la température, on empêche la production des spermatozoïdes. Bon certains ont voulu vraiment inventer des slips qui chauffaient de façon thermique avec des batteries. Nous ne recommandons pas cette technique n’ayant pas de recul dessus par contre en remontant physiquement les testicules dans les canaux inguinaux (donc à l’intérieur du corps), les testicules sont donc à 37,5 et cela bloque la spermatogenèse. (je t’avoue là tout de suite que si j’avais des testicules, je m’amuserais toute seule à les faire rentrer). Pour cette remontée physique, 2 techniques

  1. Le slip ou boxer chauffant ou jock strap (remonte couille)

Un dispositif de tissu disposé d’un trou pour faire passer le pénis et le scrotum (depuis tout à l’heure je parle de scrotum, je ne sais pas si tu sais ce que c’est, c’est la bourse, la peau autour des testicules) SANS LES TESTICULES. Le fait de faire passer le scrotum, les testicules n’auront donc plus de possibilité de rester dedans et vont donc aller se loger là où il y a de la place : les canaux inguinaux.

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Promis, ça fait pas mal!

À la base c’était fait à Toulouse, sauf que bon tu ne vas pas prendre le TGV pour fabriquer ton slip. Il y a plusieurs associations qui peuvent t’aider à les fabriquer en fonction d’où tu es notamment ARDECOM (à Paris). Après les plannings de Marseille et d’Orléans s’y mettent. On espère que bientôt ils seront commercialisés pour que ce soit plus facile d’accès.

 

Bon par dessus tu peux mettre un autre sous-vêtement , histoire de ne pas avoir ton pénis qui traine et qui se fait attraper par ta fermeture éclair. Mais en soit ce n’est que mettre un slip…

L’utilisation est assez simple du coup: porter ce slip (tu peux en fabriquer plusieurs d’un coup hein, l’hygiène c’est important) tous les jours et 15h par jour tant que tu veux un effet contraception. (le protocole est pour l’instant validé pour 4 ans pareil on s’inquiète pour votre réversibilité alors que bon ce n’est que des décennies après qu’on s’est posé la question de « tiens les femmes sous pilule elles font des enfants comment après? » bref c’est pas le débat)

L’effet est obtenu au bout de 3 mois comme pour toutes les méthodes. Il y a des gens qui ne répondent pas : 20% encore, si ça ne fonctionne pas on arrête, sinon on continue.

Il y a 0 effet secondaire. Promis, juré, PAS DE DOULEUR

Il y a qq contre-indications : si on a du te descendre les testicules gamin, parce qu’on te les a fixés du coup donc ils ne peuvent pas remonter dans les canaux inguinaux. Si tu as eu des chirurgies d’hernies inguinales du coup, si tu as déjà eu des torsions de testicules. En gros si un.e chirurgien.ne s’est déjà approché.e de ton paquet c’est mort.

 

2. L’anneau : Androswitch

C’est le même principe que le slip, sauf qu’au lieu d’avoir le tissu, tu n’as que l’anneau où tu fais passer le pénis et le scrotum. C’est pour les gens qui ne portent pas de boxer/slip/caleçon, pour les gens qui veulent aller à la plage l’été, bref pour que tu sois un peu plus free!

Même utilisation : tous les jours, 15h/jour, tant que tu souhaites te contracepter (pareil protocole pour l’instant 4 ans)

Même contre-indications : les opérations, on rajoute les gens avec des problèmes de peau. Si tu fais des allergies cheloues, de l’eczéma et tout, le silicone contre ta peau non stop c’est peut-être pas top.

Même temps d’attente pour voir l’efficacité : 3 mois

Par contre il s’achète sur internet 37€, il est en silicone, il y a des tailles de XS à XL donc viens pas nous dire que ton pénis est trop large sinon vraiment on demande à voir. Ah je précise que tu n’as pas besoin de t’épiler/raser pour pouvoir l’utiliser (apparemment c’est une question fréquente)

Pour acheter l’Andro Switch

Contraception thermique par ARDECOM

Vidéos pour te montrer le fonctionnement (on y voit des pénis nus je te préviens)

Si tu veux fabriquer ton Jock Strap

Si tu veux recycler un soutien-gorge

 

Alors oui c’est un peu galère, oui il n’y a pas d’information généralisée sur ces techniques mais il existe des informations quand on cherche un peu et qu’on s’y intéresse. (now tu as cet article que tu peux partager)

La dernière fois que j’ai consulté, il y avait une interne qui m’a dit « Ouais mais il est pas sexy le slip tu imagines un mec se déshabille et tu vois ça« , j’ai répondu « Moi je trouve ça sexy un mec qui ne va pas me laisser m’occuper de toute la contraception toute seule »

Après en tant que femme, je peux comprendre que ouais c’est sécurisant de gérer aussi parce que s’il y a un problème ce n’est pas lui qui porte la grossesse, qui vit l’IVG mais je crois que ça vaut le coup d’en discuter et de la même manière qu’on peut leur faire confiance pour payer leur loyer, ne pas oublier de se nourrir, on peut aussi les laisser gérer leurs spermatogenèses. Après je suis tout à fait d’accord encore une fois que si le mec en face oublie son porte feuille ou ses clés systématiquement…ça peut être tendu mais tout comme certains mecs envoient des sms à leurs copines « tu as pris ta pilule? » (avec bienveillance et accord de l’autre et pas dans un désir de contrôle et d’oppression) l’inverse peut être fait.

La contraception ce n’est pas tjr qu’une affaire de femmes, ça peut être une affaire de partenaires/couple parce que le sexe ça se fait à 2 (ou plusieurs, d’ailleurs allez faire vos dépistages IST avant même d’arrêter les préservatifs stp ouais #injonction mais il y a une épidémie de chlamydia en ce moment) les enfants aussi (je parle de la fabrication, pas de l’éducation et du cadre légal actuel) et faire des enfants dans les dos des gens c’est pas vraiment correct. Donc parle aussi de ton désir/non désir/hésitation de désir d’enfants, histoire que tout le monde soit sur une base saine.

 

Peace

 

PS: Non la pilule pour hommes n’est pas commercialisée et franchement je crois que c’est un peu une licorne

PS2: Je n’envoie aucun message personnel via cet article

PS3: Si tu habites à Paris, il y a 2 consultations par mois où on te parle de contraception testiculaire et où en tant de personnes dotées de testicules tu peux venir consulter. C’est le 1e et le 3e samedi du mois au Centre du Planning Familial de Paris 10 rue Vivienne (métro Bourse) C’est sur RDV donc tu passes un petit coup de fil. Et ne tkt pas, personne ne va te demander de te déshabiller. 

PS4: tu peux combiner les méthodes slip, anneau, moyens de contraception dits « féminins » (de toute façon pendant les 3 premiers mois, tu n’as pas trop le choix)

PS5: je sais que devant cet article, tu auras surement envie de me poser plein de questions mais je t’ai déjà dit que je détestais ça. Donc je t’invite à venir me voir en consultation ou mes collègues (parce que toi non plus tu n’aimes pas bosser quand tu n’es plus au travail je suppose)

PS6: La contraception testiculaire c’est un acte militant

PS7: Pour vérifier que les méthodes (toutes sauf le préservatif) fonctionnent, il faut vérifier à l’aide d’un spermogramme. On va te demander gentiment d’éjaculer dans un petit pot au laboratoire. Je sais, ce n’est pas du tout glamour mais that’s life. Et ça au bout de 3 mois puis tous les 3-6 mois.

PS8 : et pour finir, si ton mec te dit qu’il veut s’en charger, ne le prends pas pour un imbécile qui va te mettre dans la merde, prends le pour un mec responsable qui se soucie de vous et qui est motivé.

 

Quoi de neuf docteur?

« Vous avez combien d’enfants »

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Rome, Italie, Aout 2019

Mme D est enceinte…

Je t’ai déjà raconté Mme D en long, en large en travers…Madame D On va prendre le bébé de Mme DMme D a déjà 8 enfants si mes comptes sont bons. Elle n’a que la dernière en charge (les autres sont avec d’autres papas ou placé.e.s à l’Aide Sociale à l’Enfance) et ça va pas super, on devait la placer elle aussi mais bon…en ce moment l’ASE est occupée je crois.

Bref Mme D fait des enfants pour exister. Elle sait leur donner à manger, les habiller, les emmener à l’école mais elle ne sait pas les aimer, elle ne sait pas communiquer…du coup on est en pleine carence affective.

Comme Mme D a senti qu’on allait lui prendre sa fille, elle a fait un autre bébé (bon à ma charge, je lui ai retiré son implant mais bon moi on me demande qqch, je le fais, ya pas d’injonction à la contraception et Mme D est jugée en capacité de prendre des décisions pour elle même si c’est discutable), du coup elle est enceinte et elle ne veut que moi pour suivre sa grossesse (alors que je déteste les grossesses d’ailleurs on peut faire péter le champagne, j’arrête en novembre). Mais comme Mme D a un gros suivi psy, une schizophrénie diagnostiquée et traitée ben j’ai accepté.

Pour le moment ça se passe bien, médicalement parlant. Bon on a une histoire de suspicion de trisomie comme d’hab, now je suis habituée.

Mme D me fait du chantage affective…enfin elle me drague…elle essaie de me mettre dans sa poche, d’être dans mes petits papiers (pour pas que je lui prenne son bébé…enfin qu’on lui prenne pas son bébé…en fait pour que j’oeuvre pour elle pour qu’on ne lui prenne pas son bébé). Je le vois, je le sais, je fais genre que je ne comprends pas son manège. Ça a commencé avec du jus de Bissap parce que j’adore ça et je ne sais pas comment elle l’a su. Bref du coup tous les lundis, j’ai mon jus de bissap qui m’attend.

Comme Mme D a besoin d’une attention particulière, je la vois souvent…tous les 15 jours. Il y a 1 mois, elle est venue avec une boîte à bijoux, elle voulait que je prenne une bague, j’ai dit non. Elle a laissé un bracelet, j’ai dit non…Elle m’a mis une bague au doigt, j’ai prétexté que c’était trop grand, elle a renoncé.

Et puis il y a 15 jours, en rentrant dans mon bureau, elle a eu cette phrase « Et toi, tu as combien d’enfants?« 

Je lui ai répondu : Zéro avec un grand sourire

Elle a paru horrifié et a fait « haaaaaannnn c’est pas bon ça« 

Je lui ai donc expliqué que je n’en voulais pas et donc que ça allait.

Elle m’a alors répondu « Je vais prier pour toi« 

Bon j’ai pas de problème avec les religions de mes patientes, je respecte tout! Mais bon…inutile de me mettre dans des prières.

J’ai alors répondu : « Euh non ça va aller« 

Elle a répondu « Si moi j’ai prié pour moi et j’ai 9 bébés, ça marche« 

Je suis dead…

On a fait l’examen et puis elle m’a dit « Tu sais je voulais des jumeaux. En fait je veux 15 bébés au total« 

J’ai demandé pourquoi 15

Réponse « Comme ça j’aurai le drapeau de la France, je travaille pour la France« 

J’ai pas compris…j’ai eu envie d’aller lui acheter un drapeau de la France pour qu’elle arrête de faire des enfants mais je ne l’ai pas fait.


À table, avec mes collègues on a donc encore eu une fois une discussion sur désir d’enfants ou pas. J’ai maintenu ma position de « Je ne vois pas trop l’intérêt, je suis flippée par la parentalité donc pour l’instant je n’en veux pas« 

Le « pour l’instant » les a rassurées…J’ai donc abordé le sujet de la contraception définitive féminine (Rappel : TU PEUX Y AVOIR DROIT PEU IMPORTE TON ÂGE, PEU IMPORTE SI TU AS DES ENFANTS OU NON ET SANS L’ACCORD DE QUICONQUE…bon à part de ton.a chirurgien.ne en pratique…c’est un peu le parcours de la combattante mais il existe des gens qui veulent bien le faire)

Et là de nouveau : « Ouais mais si tu changes d’avis » ça m’a blasée…j’ai alors répondu sèchement « La prochaine fois qu’une femme viendra pour un suivi de grossesse, pensez à lui demander si elle est sure de ne pas changer d’avis« 

Ça a eu le mérite d’être clair!

Quand une femme veut un enfant, on ne lui demande pas pourquoi, si elle est sure (à part les mineures…pareil pourquoi…quand je vois certaines personnes majeures ben euh ça ne les rend pas forcément plus responsables) alors que clairement quand on voit Mme D, je crois qu’on pourrait de temps en temps…

Par contre quand une femme ne veut pas d’enfants, on lui demande systématiquement pourquoi, si elle est sure, comment va faire son mec, et si elle change de mec, peut-être qu’avec le temps…

BORDEL VOUS FAITES CHIER! (enfin pas toi, toi, toi)


La semaine dernière j’ai fait une consultation ouverte avec des patientes et une m’a demandé quel moyen de contraception je prenais (ce sont des consultations où on discute toutes ensemble pour apporter chacun.e notre expérience, donc tout le monde participe à titre d’être humain). J’ai pas su quoi répondre honnêtement…

La version longue aurait été :  « Alors déjà j’ovule pas bcp, je sais même pas si je peux avoir des enfants, si j’ai un adénome à prolactine ou des ovaires polykystiques ou si c’est juste dans ma tête, ensuite je sais pas trop si j’en veux ou pas et puis surtout j’ai pas de relation sentimentale me permettant à l’heure actuelle d’envisager un moyen de contraception quotidien ou sur du long terme, donc préservatifs?« 

La version courte aurait été « Préservatifs mais je dois avouer que de temps en temps je prends la pilule pour décaler mes règles et que je me dis que si one day c’est sérieux, je poserai un DIU au cuivre« 

La version acceptable sociétalement aurait été « La pilule ou implant ou DIU » ou « Rien parce que Je veux un bébé« 

Du coup j’ai esquivé…

Ma collègue qui elle n’a pas forget est revenue à la charge pour bien me flinguer. J’ai donc répondu « Préservatifs externes » et là j’ai eu un « Tu ne veux pas d’enfants » de ma collègue, un « Vous n’êtes pas mariée » d’une patiente, un « Vous n’avez pas de mec » d’une autre patiente et un « Arrêtez, elle est peut-être lesbienne en fait » d’une autre…

Je ne savais plus où me mettre…


Et puis hier Mme D est revenue à son rdv, elle avait une petite boite de sachets de thé, elle m’a dit que c’était parce que j’avais l’air fatiguée et puis une bague, à ma taille cette fois (je ne sais même pas comment elle a fait pour en trouver une à ma taille). J’ai demandé si la bague aussi était contre la fatigue, elle m’a dit « Non c’est pour faire des bébés« .

J’ai regardé la bague, je l’ai mise à mon doigt, je me suis demandée ce que serait ma vie avec des enfants, si un jour mes angoisses de la parentalité n’allaient pas s’estomper, si un jour je ne croiserais pas la route de qqn qui me rassurera au point d’être ok pour en faire, si un jour j’en aurais pas envie en fait. (J’ai eu aucune réponse)

L’après-midi, pendant que j’attendais une patiente, une autre collègue m’a sorti comme ça « Tu ne veux pas te marier toi? » j’ai ri, je lui ai expliqué que le mariage oui mais les enfants non.

Elle m’a demandé pourquoi, j’ai répondu que je n’en voyais pas l’intérêt. Elle m’a répondu « Ben au moins tu auras qqn qui t’aimera toute ta vie » et là j’ai souri, parce que j’ai su que le jour où je ferais des enfants ce sera par envie et pas pour combler quoi que ce soit…et que ce sera la plus belle raison du monde…

Love

PS: Du coup j’ai pris RDV chez une gynéco histoire de faire le point encore sur mes ovulations…par contre j’ai pas d’endométriose! Amen!

PS2: J’en profite pour te dire d’aller te dépister, je ne sais pas trop pourquoi je te dis ça mais bon vas y qd même

PS3: Tu peux faire un AUTOPRELEVEMENT (tout.e seul.e donc) pour le Chlamydia et Gonocoque si tu as un vagin, dans les centres de planification et les centres de dépistage. 

PS4: On ne fait pas des enfants pour : réparer son couple, pour avoir qqn qui nous aimera, pour faire comme tout le monde…(liste non exhaustive)

PS5: Par contre ne te fais pas de film, c’est pas parce que tu viens de lire tout ça et que je vais chez la gynéco que je veux et que je vais faire des enfants lol! 

PS6: Par contre tu peux faire d’autres suppositions…

Quoi de neuf docteur?

Mme S

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Paris, France, Juillet 2019

L’autre jour j’ai reçu Mme S, je ne l’avais jamais vue encore. Je ne sais plus trop pour quoi elle venait, une histoire de contraception je pense.

Mme S a 28 ans et elle était triste mais triste…on a fait la consultation, le dossier, l’examen et puis on a parlé de l’allaitement…Elle n’avait plus trop de lait, elle se demandait pourquoi.

Je lui ai demandé si elle mangeait bien, elle a répondu :

« Je mange parce que je dois allaiter » 

Sa phrase m’a poignardé le coeur…

J’ai donc demandé à Mme S comment ça allait…POUR DE VRAI.

Elle a pleuré et moi j’aime bien quand les dames pleurent parce qu’à ce moment là on parle des VRAIS PROBLEMES!

Mme S a 28 ans et 2 enfants : une 1e fille de 8 ans d’un premier mec qui la tapait et qui prenait de la drogue. Elle s’est séparée du mec après des mois et des mois de chantage, de coups etc et puis le mec a eu un problème avec un gars bref il a été tué. Puis elle a rencontré un autre gars, un mec « bien » il y a 6 ans, tout allait bien. Iels ont essayé de faire des enfants, elle a fait 2 fausses couches et puis au bout du 3e ça a fait le bébé actuel qui a 1 an. Dans cette vie de couple, le « nouveau » mec avait commencé les démarches pour adopter la 1e fille vu que bon…tout se passait bien.

Je demande alors où est le problème…

Elle me dit:

 « Il est Montpellier »

Je lui demande donc innocemment « Pour le travail? » parce que bon pr moi la seule raison tolérable pour s’éloigner de femme et enfants serait une opportunité exceptionnelle professionnelle. (Attention, je suis tout à faire ok pour les couples avec ou sans enfant qui vivent dans des apparts séparés, dans des villes différentes etc mais quitter l’appart commun pour aller à l’autre bout de la France me paraissait tout de même suspect)

Et là elle m’explique que « Monsieur est parti après la naissance du petit à Montpellier pour se rapprocher de ses amis »

J’ai failli rire nerveusement…je me suis retenue juste à temps.

Donc Monsieur est parti à je ne sais combien de kilomètres après la naissance de son fils pour aller à Montpellier se rapprocher de ses potos.

Depuis bien sûr il est difficilement joignable, on ne sait pas qd il remonte sur Paris ou pas, il a raté les pas de son fils, quand elle s’énerve au téléphone, il raccroche et ne répond pas pendant plusieurs jours…

Elle m’explique qu’en plus elle aimerait reprendre le travail parce qu’avant elle travaillait et pas lui et que là elle n’a pas de place en crèche et que s’il revenait (vu qu’il ne travaille tjr pas) il pourrait garder leur fils mais qu’après explication de ce projet il lui aurait répondu :

« C’est pas comme ça que tu vas me donner envie de revenir sur Paris »

Gars…déjà on n’a pas à te « donner envie de revenir sur Paris pour t’occuper de ton fils », c’est TON JOB!

J’ai fermé le dossier, j’ai regardé Mme S et j’ai eu cette phrase très maladroite mais honnête :

« Mais il faut qu’il vous fasse quoi de plus pour le quitter? »

Et là elle répond « En plus il m’a trompée au début de notre relation avec son ex »

Silence de ma part mais elle a du deviner ma question

« Oui elle habite à Montpellier »

J’ai pris mon téléphone, j’ai mis mes collègues sur le dossier pour lui trouver une place en crèche (dossier tjr en cours) .

Souvent quand on parle d’histoires catastrophiques avec mon entourage, beaucoup me disent « Ouais mais les femmes aussi elles ne veulent pas voir, franchement à l’heure actuelle tu ne peux pas ne pas savoir ».

Je ne suis pas totalement d’accord et puis surtout CE SERAIT BIEN EN FAIT JUSTE QUE CES CONNARDS NE FASSENT PAS DE MERDE PLUTOT QUE D’ACCUSER LES FEMMES DE NE RIEN VOIR!

Il y a des cas où tu peux, des cas où tu veux, des cas où tu n’as même pas ça dans la tête parce que tu as confiance, parce que tu es occupé.e par ton quotidien, parce que tu n’es pas jalouxse et puis il y a les pros.

Lui il n’était pas pro, lui il était son sauveur, lui il était son espoir, lui il était le 2e papa de sa fille, lui il était le père de son fils, lui il ne la tapait pas, lui elle l’aimait…

Elle a encore pleuré longtemps, elle m’a demandé comment on faisait pour faire disparaitre les sentiments.

J’ai répondu que je n’avais pas la réponse mais que moi pour savoir si je devais arrêter une relation peu importe le type je me posais cette « simple » question : « est-ce que cette relation me rend heureuse ou pas? » 

Elle a quitté le cabinet, son bébé pleurait à la mort, j’ai fait

« Il est attaché ce petit…et d’un côté il n’a que vous » 

Elle s’est retournée et m’a dit :

« Je crois que cette phrase va tout changer » et elle est partie.

J’ai pris une autre dame et en revenant voir mes collègues elles m’ont glissé un post it avec marqué dessus MERCI…

 

Peace

PS: J’ai pensé à sa 1e fille toute la nuit en me disant que cette enfant allait surement se dire que les hommes qui sont censés l’aimer se barrent, qu’elle aura une blessure de l’abandon ou du rejet et que probablement elle acceptera des choses qui lui feront du mal et j’ai été triste

PS2: Ce jour là j’ai réalisé qu’en fait ce n’est pas que je ne veux pas d’enfant c’est « juste » que j’ai vraiment peur d’être au mauvaise mère et que mes enfants finissent en thérapie à cause de moi

PS3: Je ne sais pas si Mme S va quitter M. S et je ne sais pas si elle reviendra me voir…

Quoi de neuf docteur?

On s’aime comme on se quitte…

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Paris, France, Juillet 2019

On s’aime comme on se quitte…

J’ai quitté le navire. J’ai quitté un de mes centres, alors je lui ai écrit une lettre d’adieux

 


« Je t’ai aimé et j’aime encore plus te quitter parce que j’ai des limites et que je ne peux plus absorber toute la misère du monde…
Alors je te quitte salement avec personne pour prendre la suite, tu m’as traitée de lâche mais c’était ça ou la dépression.
En 3 ans, je t’ai vu te dégrader, j’ai vu les camps s’installer, j’ai vu l’appart city se remplir, j’ai vu les mineur.e.s de la croix rouge arriver…
J’ai écouté les histoires de viols, de mariages forcés, les violences conjugales, les mutilations sexuelles avec patience et bienveillance…
C’est devenu mon quotidien et puis Mme A…et cette phrase qui m’a fait me sentir si seule «
ce n’est pas mon secteur ».
La misère n’a pas de secteur, la misère elle est en bas de chez moi, en bas de chez toi, à mon travail…
Alors j’ai décidé de partir parce que j’avais des cauchemars le lundi soir, des crises d’angoisse le mardi mardi , des régles douloureuses qd elles arrivaient le mardi et des migraines le mardi soir.
J’ai tenu pour elles…j’ai tenu pour elles…et c’est pr elles aussi que je m’en vais parce qu’elles sont partout et qu’il faut que je sois bien pr celles que j’ai ailleurs…
J’en ai parlé, j’ai entendu « burn out », j’ai entendu « arrêt maladie »…alors avant d’en arriver là, j’ai mis les voiles… »


Tout le monde est utile mais personne n’est irremplaçable…D’ailleurs, je crois qu’iels m’ont trouvé une remplaçante. Je lui souhaite beaucoup de courage pour pouvoir gérer tout ça.

Moi j’ai commencé à vouloir faire de la planification (et pas de la gynécologie) pendant mon stage d’internat. C’était à Toulouse, la misère c’était pas la même. C’était cool, on avait le temps, on parlait contraception, violences, rapports sexuels, un peu du genre…

Quand je suis arrivée sur Paris, j’ai fait des remplacements en libéral, j’ai détesté ça, voir des gens comme des euros potentiels, voir les gens en 10 min (en remplacement, globalement tu dois prendre les habitudes de taf des gens que tu remplaces) c’était pas pour moi, alors un jour j’ai tapé un truc sur internet et j’ai trouvé mon boulot actuel.

C’était de la planification familiale, de la protection maternelle, des prises en charge de situations compliquées mais ça allait, ça m’allait, parce que j’avais du temps pour le faire, parce que j’avais les moyens de le faire.

Et puis à un moment ça a déconné, il y a eu beaucoup beaucoup beaucoup de demandes, je suis devenue une rock star (en fait c’est surtout que j’étais un peu la seule dans le secteur et que comme en plus je suis plutôt cool les gens venaient me voir) avec des plannings pleins 3 mois à l’avance…On a commencé à me demander de voir plus de monde, donc avec moins de temps et ça a commencé à me rendre malade, parce que j’aime accorder le temps nécessaire à chacun et c’était de moins en moins possible. On me raccourcissait mes durées de rdv, on ne respectait pas mes consignes. Comment en 15 min veux-tu faire s’installer la dame sur une chaise, remplir le dossier (parce que sinon on me tape sur les doigts), prendre les constantes (un peu inutile mais bon si ya un pépin, l’administration se retournera contre moi), faire la consultation « classique« , déceler le VRAI motif de consultation, aborder la question des violences, des rapports sexuels, de la libido, de la lubrification, du plaisir féminin, de l’auto examen, de la non saleté des règles, de la polémique glyphosate, de la NON TOILETTE INTIME INTERNE, de l’intérêt du frottis, de l’intérêt de la réeducation périnéale, des moyens de contraception avec points positifs, points négatifs, modalité de prises, de poses, de retraits, durées d’action, surveillances, conduites à tenir en cas d’oublis, de problèmes, examens complémentaires, examen gynéco impliquant un déshabillage progressif en 2 temps avec bienveillance, examen des seins en donnant des conseils sur le soutien-gorge, sur l’auto palpation, examen du bas (avec inspection de la vulve, vagin, zone périnéale voire zone anale parce que les hémorroïdes c’est chiant, palpation utérus et ovaires avec vérification d’absence de pathologies, d’absence de douleur) avec proposition de miroir, lubrification du spéculum, explications, réalisations de gestes (genre frottis, prélèvements, pose et/ou retrait de DIU), remplir la paperasse, dire au revoir madame, en rajoutant la consultation avec INTERPRETE parce que la dame ne parle pas français…Ben moi je ne pouvais plus et c’est ce qu’on me demandait. Donc avant de perdre ma bienveillance pour faire plaisir à je ne sais pas qui…je me suis barrée.

Peace

PS : Ne t’inquiète pas, les croquettes de Moun seront payées, je ne suis pas au chômage (si ça existe des médecins au chômage, ce sont des médecins qui cherchent un mode d’exercice qui leur convienne afin de faire BIEN leur travail), j’ai gardé les 2 autres centres où ça se passe bien et je vais travailler maintenant dans une autre ville qui partage mes valeurs et où en fait je vais consulter et surtout je vais être payée pour militer (le kiff suprême).

PS2 : Vous allez me dire que je suis victime de mon succès, j’en sais rien et c’est pour cela que je ne veux pas être sur Gyn&Co parce que je veux agir dans l’ombre et faire mon travail correctement sans être submergée parce que « je le fais bien » et que du coup face à la demande, je le fasse moins bien et surtout je veux tout de même continuer à le faire pour des femmes qui en ont tout de même plus besoin que d’autres. Je sais que la vie est dure et que tu n’as pas envie de payer un gynéco secteur 2 avec ton SMIC mais je priorise les femmes qui elles n’ont pas de smic, pas de sécurité sociale et pas d’argent pour se payer un manteau l’hiver et les jeunes. 

PS3: Ouais en général quand je demande qqch je l’obtiens, il y a qq mois, je te disais « euh qqn n’a pas un plan pour que je travaille ailleurs? » dans cet article Quand une dame vient systématiquement en retard, c’est qu’il y a peut-être qqn qui l’empêche d’être à l’heure…ben la semaine d’après, je trouvais mon nouveau centre. Je l’écris pas pour me vanter mais juste parce que j’oublie souvent donc je pourrai relire cet article si un jour j’en doute.

PS4. J’ai une vision très utopique de la médecine et je sais qu’à terme je ne pourrai plus continuer à travailler comme cela, mais tant que j’ai ce luxe, je veux pouvoir en profiter. Forcément avec la pénurie de médecins, la demande surpasse l’offre et il faudrait voir beaucoup de gens pour que tout le monde soit vu, mais j’ai beaucoup beaucoup de mal avec ce principe. On est pas des animaux, je ne fais pas d’examens à la chaine. Je refuse et je peux encore, de donner un rdv à qqn dans 3 mois pour qu’au final la personne ne soit pas entendue, pas écoutée, mal traitée et pas contente. Après j’entends que certain.e.s le font, j’ai quitté le libéral pour ça, j’ai sacrifié des chiffres sur mon revenu mais je dors mieux comme ça. Chacun.e sa vision des choses et c’est pas une critique si tu fais différemment de moi. Ce qui est bon pour moi ne l’est pas forcément pour toi.