Glob trott·Quoi de neuf docteur?

Nous aussi, on voyage…

Tiens, mais ce ne serait pas le nom du blog??

Ce titre n’est pas du tout anodin, loin de là. Pour ceux qui se (me) demandent d’où me vient l’inspi? Pardis, elle me vient de mon boulout voyons!

Paris, Août 2016

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être doc! Au début c’était pédiatre, puis psychiatre, puis néphrologue, puis endocrinologue, puis ophtalmologue et puis médecine générale.

Non pas parce que je n’ai pas eu le choix (merci l’ECN) mais parce que justement c’était un choix!

La médecine générale me semblait être la spécialité (OUI C’EN EST UNE, ET CE N’EST PAS 6 OU 7 ANS D’ETUDES MAIS 9!! OUI 9 EN TOUT, et ça si tu ne redoubles pas) qui était la plus proche des gens et qui me donnerait en permanence ce sentiment d’être utile.

Parce que oui j’aime être utile, pas indispensable, juste utile. Pour les autres et pour moi aussi.

Donc j’ai fini mon petit cursus et j’ai commencé mes petits remplacements par ci par là, et puis le vide…le néant. Perdue entre les prescriptions de traitement sympto pour les rhino-pharyngites et angine virale (les antibiotiques ce n’est pas automatique), les renouvellements de traitement des patients que je ne connaissais pas, les consultations à essayer de joindre un cardio ou n’importe quel spé,les prescriptions de Dexeryl et de Doliprane,  je ne me sentais pas du tout utile!

Parce que ce que je voulais c’était de l’action, du grave, du compliqué, du « je sauve avec un stylo » (mais pas non plus je traite un infarct dans l’avion hein)

Du plus loin aussi que je me souvienne, l’humanitaire m’a toujours fait rêver (parce que je lis beaucoup, parce que je regarde beaucoup de films) et un jour j’ai assisté à une conférence d’un médecin en soins palliatifs qui revenait du Sud Soudan et qui racontait comment elle avait sauvé des enfants juste en donnant de l’eau de riz et en faisant accoucher les femmes avec des bassines un peu propres. J’avais des étoiles plein les yeux, des papillons plein le ventre, des rêves plein la tête…

Mais quelques années plus tard, un anglais bancal, la peur de chopper le palu ou toute autre affection exotique et surtout pas les C*******de quitter M.X, mon ordi et mon iphone (mon petit confort de vie quoi), je m’ennuyais en me disant que prescrire du doliprane n’aidait personne et que pour le coup les personnes qui avaient vraiment besoin de moi ben…ils ne m’avaient pas.

Alors j’ai tout plaqué, j’ai déménagé dans la capitale, j’ai quitté le libéral et j’ai commencé à chercher un poste qui me conviendrait! Marre d’avoir la boule au ventre, marre de faire des cauchemars, marre de ne pas avoir envie de me lever pour aller au boulot. Alors j’ai osé, j’ai envoyé des mails et voilà!

L’humanitaire, tu n’as pas besoin de faire des milliers de kilomètres pour en faire. Et cette phrase « nous aussi, on voyage » elle vient de ma nouvelle chef, grande militante et une grande femme (on en reparlera dans un autre article).

Parce que dans une consultation, je parle français, anglais, arabe, serbe, tamoul, russe…

Parce que dans une consultation, je vois des femmes voilées, en boubou, en crop top, en jean, avec ou sans culotte, avec du henné, avec pleins de bracelets, avec des points sur le front, avec des nattes, avec des perruques, avec des tissages, avec des extensions, blanches, noires, jaunes, rouges, vertes (oui à cause des nausées)…

Parce que dans une consultation, j’ai des sécu, des CMU, des AME, des mutuelles et des « moi pas avoir sécu, être en France depuis un mois »…

Parce que dans une consultation, je ris, je retiens mes larmes, je parle, je calme, j’explique, je m’étonne…

Parce que dans une consultation, je gère la maladie, mais surtout les VRAIS PROBLEMES : contacter une assistante sociale, donner l’adresse de la sécu, faire des r217 parce qu’elle est enceinte de 8 mois et qu’il n’y a eu aucune prise de sang, aucune écho, donner les contacts de la mairie parce qu’ils vivent dans un squat avec 4 enfants, donner les contacts du SAMU SOCIAL, de la marmite, des resto du coeur parce que son père l’a mise à la rue alors qu’elle a 18 ans et est enceinte, appeler l’interprète parce que je crois avoir compris qu’il y avait une histoire de coups mais je n’en suis pas sure, écouter Mme D me parler de ses enfants qu’elle a laissés au pays, consoler Mme K qui me dit que l’avortement est illégal dans sa religion mais qu’elle ne peut vraiment pas le garder vu sa situation ou expliquer à M.A qu’il n’a pas besoin de payer une echographie secteur 2 à 200€.

Et je me sens bien, je suis comme dans un poisson dans l’eau, je me sens utile du bout de mon stylo, du bout de mes bras, du bout de mes lèvres. Juste un regard, juste une phrase souvent.  J’arrive en souriant, je repars en souriant et en me disant que merde j’en ai de la chance quand même.

Parce que la France va mal et que ben mine de rien ouais je voyage moi aussi , à travers les nationalités, à travers les pays d’origine, à travers les religions, à travers les pensées, dans la misère humaine, sociale et financière juste en étant là tous les jours (ou presque) assise sur ma chaise pour elles…

Peut-être qu’un jour je partirai, quand j’en aurai les tripes, parce que ça me tente, parce que j’aime l’aventure, parce que j’ai toujours ce besoin mais pour le moment je prends juste le périph tous les matins et je kiffe ça…

PS: Merci à Caroline Aujard

2 réflexions au sujet de « Nous aussi, on voyage… »

  1. Wahouuuu ! Bravo pour ta sincérité, ta grande générosité, ton implication, ta gratitude et ton enthousiasme … Respect toubib !

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