Quoi de neuf docteur?

Je ne suis pas mon métier

 

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Roma, Italy, Octobre 2018

Ces dernières semaines, j’ai été un peu exaspérée…J’ai été très fatiguée…et puis du coup j’avais pas le moral…et du coup je me suis énervée.

Ces dernières semaines, on m’a demandé beaucoup d’avis, beaucoup d’ordonnances, beaucoup de services.

Pas des patientes non des meufs, des amies, des copines, des tantes…

Et ça m’a gonflée

Alors j’ai fait un post FB :

Pensée du jour 💭 : Des fois j’ai pas envie de parler de travail…j’ai juste envie d’être moi et pas mon métier.
Donc si un jour, je ne te réponds pas sur ta question de gynéco, de sexo, c’est pas que je ne t’aime pas ou que je m’en fous de toi, c’est juste que je prends soin de moi et de mon équilibre 😌😌
Alors stp, accepte mes silences…

PS: Je ne vise absolument personne et si récemment tu m’as demandé qqch et que je t’ai rep c’est que ça ne me dérangeait pas. Mais tout comme toi, j’ai droit à des jours de congés 🙂

J’adore mon métier (vraiment) et ce que j’adore tout spécialement dans mon mode d’exercice c’est que quand je ferme la porte du travail, cela ne me poursuit pas chez moi (en général).

J’aime parler gynéco mais quand j’en ai envie. Pour l’écriture de ce blog, je ne me force pas. Des fois j’écris 3 articles d’un coup, des fois je prends 1 mois pour en pondre un. Mais j’en parle quand j’en ai envie et des fois…J’AI PAS ENVIE!

Du coup, quand je suis en vacances, quand je suis en week end, quand je suis avec des gens, quand je suis dans mes autres activités, j’ai pas forcément envie que tu m’exposes tes problèmes, ta santé ou ton vagin.

Je déteste qu’on me demande mon avis comme ça, sans prévenir. Est-ce que toi, ça te fait plaisir de parler de ton travail quand tu n’es pas au travail et que tu n’as pas envie d’en parler? A priori non, ben moi c’est pareil.

En début d’année, j’ai été vécu une scène un peu désagréable. Lors d’un évènement familial, un mec, un lointain oncle m’a apporté son bilan biologique « EXPRÈS » pour que je lui dise « SI TOUT ALLAIT BIEN« . Alors déjà c’était ni le moment ni l’endroit, entre le plat et le dessert no way. Et mec…imaginons

1/ Qu’il y ait un problème, je t’annonce ça comment? « Ah ben merde t’as du sang dans tes selles? est ce que c’est grave? ben euh ça peut etre des hémorroïdes comme ça peut etre un cancer? Qu’est ce qu’il faut faire? Euh ben une coloscopie, ah tu sais pas ce que c’est? Ben une caméra par ton trou de fesses. Euh sous anesthésie? Oui je crois. Ah avec ton kardegic, j’en sais rien » MERDE JE NE SUIS PAS TON DOCTEUR!

2/ Je n’ai pas ton dossier médical en tête ni dans mes archives

3/ Je suis peut-être là pour un bon moment, pour déconnecter mon cerveau en fait…

En règle général, je ne réponds pas aux sollicitations parce que ça me gonfle et que ça nécessite une consultation. C’est pas pour les sous (encore moins avec moi vu qu’on ne paye pas pour me voir) c’est pour faire les choses correctement. Pour discuter, pour avoir toutes les informations et étudier la meilleure option.

Dans ma famille, je ne regarde pas les résultats bio, je fais quasiment pas d’ordonnance sauf quand j’en ai envie ou quand vraiment vraiment c’est la merde (genre t’as droit à un joker MAIS UN SEUL). Bon j’ai quand même fait des trucs de gygy aux femmes de ma famille, pas parce que j’en avais follement envie mais parce qu’à ce moment là je préférais le faire plutôt que de les confier à des gens en qui j’avais pas confiance (mais je délègue facilement).

La dernière fois, j’ai emmené ma mère voir le cardiologue (elle va bien tkt), je voulais sagement attendre en salle d’attente. Elle m’a regardé avec des petits yeux en mode « tu ne viens pas? allez viens« . J’ai trainé mon pauvre corps dans le cabinet médical. Je suis restée dans mon coin, j’ai essayé d’être la plus petite possible…le cardiologue a examiné ma mère, il a demandé « vous n’avez jamais eu de problème à l’estomac? » Elle a répondu non, j’ai répondu « Si elle a eu un helicobacter pylori » Il a demandé si elle tolérait bien son problème, elle a répondu oui, j’ai répondu « elle a une dyspnée d’effort« . Il n’a pas capté ou il a fait semblant je ne sais pas. Il a répondu : « ah ben heureusement qu’elle est là » et là ma mère m’a balancé : « elle est du métier » et bam. Bon il a rigolé avec un « ça va j’ai pas dit trop de bêtises » J’ai sorti un rire totalement fake…Mais moi ça m’épuise. Parce que des fois j’aimerai juste être moi, moi la fille, moi la copine pas moi la doc. J’aimerai déconnecter mon cerveau. Parce que tout ce que je te dirais fera foi alors que non je peux dire de la merde, que mon domaine est très petit et que même dans ce petit domaine, je ne suis pas experte.

Le pire dans tout ça, c’est que bien souvent, quand les gens sont proches, iels te demandent un avis justement pour être rassuré.e.s…et si moi-même je ne suis pas rassurée devant ta situation, on fait comment?

Du coup, j’aime pas ces situations qui me mettent mal à l’aise.

J’en profite pour dire à toutes mes copines qui préfèrent montrer leurs cols de l’utérus à des gens qu’elles connaissent et en qui elles ont confiance et qui donc me demandent si je peux les examiner, que justement moi je préfère voir les cols des utérus de gens que je ne connais pas parce que sinon ça va être chelou entre nous…

Peace

PS: C’est pas un vrai coup de gueule, après le plus souvent ça me dérange pas mais la dernière fois, une nana que je ne connaissais même pas vraiment, m’a demandé si je pouvais lui faire une consultation à domicile alors qu’une vraie bonne copine a évité de me parler de ses VRAIS problèmes de santé justement pour ne pas que j’ai l’impression de devoir lui donner mon avis…

PS2 : Si tu veux me demander qqch, demande moi avant si tu peux…

Quoi de neuf docteur?

J’ai eu une cystose

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Roma, Italy, Octobre 2018

C’est un mélange d’une cystite et une mycose…C’était horrible!

Quasiment 8 ans que je n’avais plus fait de cystite et plus de 2 ans sans mycose. Je te vois faire ta tête là…une mycose n’a rien de dégoutant, c’est pas sexuellement transmissible et même si je te disais que j’avais le VIH là, rien ne justifierait ton visage déformé (après tout c’est moi qui le vit, pas toi).

Bref j’ai eu une cystose. C’était pas à cause du sexe, ni à cause de ma mauvaise hydratation, ni à cause de mon oeuf de yoni (rangé depuis plusieurs semaines d’ailleurs), ni à cause de mon mode alimentaire.

Non, c’était à cause de mon changement de…SAVON!

Du coup, je me suis dit que c’était surement le bon moment pour reparler de « toilette intime« …

Par coup de hasard, ma cystose est arrivée juste après qu’une journaliste me demande de participer à une ITW sur ce même sujet. Les cordonniers sont les plus mal chaussés…bon mon frottis est à jour c’est déjà ça…

Je t’ai déjà quasiment tout dit dans cet article là  « Faut se laver la shnek »   donc voilà quoi…

Mais je reprends :

  • Le vagin c’est AUTO-WASH, c’est génial, ça s’auto-entretient DONC N’Y METS AUCUN SAVON
  • Ce qu’il faut laver, c’est la partie externe c’est à dire tes grandes lèvres, tes petites lèvres, ton clitoris, ton périnée et le reste de ta peau!
  • Le moins est le mieux

À la base, on m’a demandé mon avis parce que je ne sais plus quelle marque a sorti une gamme « enfant« , ouais ouais…allez paye ta vulve dès ton enfance! En mode « c’est une zone trop dangereuse » « oula faut faire attention c’est pas comme le reste de ton corps« 

Sauf qu’en fait…ben si…Alors ok il y a des muqueuses, ok ya une flore mais a priori tu n’utilises pas de savon « spécial anus » (Pareil merci de NE PAS METTRE DE SAVON DANS TON ANUS). L’anus aussi a des muqueuses et une flore…(comme ta bouche d’ailleurs et a priori tu ne te mets pas de gel douche dedans…ok ok tu mets du dentifrice, sois pas relou.e chui pas dentiste, j’y connais rien en hygiène buccale)

Techniquement, si on arrêtait de vouloir sentir le fruit de la passion en sortant de la douche et qu’on utilisait un bon gros savon sans savon, sans odeur, sans produit dégueu dedans ça irait : POUR TOUT LE CORPS!

Sauf que bon voilà, les parfums, les produits imprononçables, les colorants avec des lettres ont rempli nos salles de bain…

Dans ma pratique professionnelle, quand on me demande « Mais vous ne pouvez pas me prescrire un savon? » Je dis non. Je conseille ce que je viens de te dire :

Un pain dermatologique, sans savon, sans parfum, sans produit chimique, que tu peux utiliser pour tout le corps.

Tout le reste est assez marketing…

Pareil, une vulve ça se nettoie 2 fois par jour MAXIMUM sans gant NI FLEUR DE DOUCHE pitié (merci les nids à bactéries) et ça se sèche en TAMPONNANT! On ne se DÉCAPE PAS LA VULVE MERCI!

RESPECTE TA VULVE, SOIS GENTILLE AVEC ELLE STP

Donc maintenant, je vais te raconter la petite anecdote…

Personnellement, j’achète mon savon liquide « propre » à Naturalia parce que j’aime bien (je ne bosse pas pour elleux et d’ailleurs, iels ne m’ont rien demandé). Savon que j’utilise depuis maintenant plus d’un an. Et puis n’ayant plus de savon, je m’en vais gaiement en boutique et là oh drame, il n’y a pas mon fidèle savon. Inquiète, je demande de l’aide à Madame la vendeuse, qui me dit qu’elle n’en aura pas avant la semaine suivante.

Devant ce problème, je décide de me rabattre sur une autre marque « bio » et je fais mine d’ignorer le « PARFUM VERVEINE EXOTIQUE » inscrit en gros.

GENRE ÇA EXISTE DANS LA VRAIE VIE DE LA VERVEINE EXOTIQUE. QU’EST CE QUE ÇA VEUT DIRE VERVEINE EXOTIQUE? ET BORDEL ÇA DOIT SENTIR QUOI LA VERVEINE EXOTIQUE? 

Moi qui dit tous les jours « on oublie le tahiti douche fruit de la passion » j’ai pas eu l’air con quand 2 jours plus tard, les premiers signes sont apparus avec ma verveine exotique là…

D’abord une sensation que mon urine était chaude, puis un inconfort dans ma culotte, puis le feu, le feu, le feu. Où tu ne sais même plus si tu as vraiment envie de pisser, de t’essuyer, de mettre une culotte, de mettre un jean…

Comme je dis souvent, mon travail c’est le meilleur endroit pour avoir tes règles ou une mycose : ON A TOUT SUR PLACE!

Inutile de te dire que je me suis enfilée (lol) un sachet de Monuril et des ovules rapido presto.

Cette mésaventure a duré presqu’une semaine…si j’avais su j’aurais attendu tout simplement mon ancien savon. Mais maintenant, je sais que j’ai la vulve capricieuse lol!

Du coup cette mésaventure m’a donné envie de te donner mes…

TRUCS ET ASTUCES CONCERNANT LA MYCOSE :

  • Ta vieille culotte en coton, 3 tailles au dessus de mamie sera ta plus fidèle alliée
  • Fais tourner tes sous-vêt à la machine à laver 60° minimum, je sais je sais tu vas me dire « euh et mon string en dentelle là ça va le flinguer…« 
  • Oublie le string à ce moment là et de manière générale en fait. Bon ok ça passe si c’est 1h pour émoustiller ta meuf/ton mec
  • Ta jupe évasée sera ta plus grande amie
  • Si vraiment tu n’as rien rien rien sur toi : tu peux mettre des glaçons dans ta culotte (fais gaffe à ne pas te brûler avec le froid) ou du yaourt nature dans ton vagin MAIS DANS TOUS LES CAS IL FAUT CONSULTER QQN
  • Demande à ton doc un dosage de B12 et une glycémie à jeun (avec un bonjour, s’il vous plait et merci) si tu en fais beaucoup
  • Si tu en fais à répétition, il faudra peut-être revoir ton mode de contraception
  • Tu peux en avoir de façon cyclique genre avant ou après tes règles, on peut t’aider pour ça
  • La crème anti-mycosique peut te donner envie de t’arracher encore plus la vulve, don’t worry
  • Tu peux utiliser un sèche cheveux (à froid) pour sécher ta vulve en cas de crise
  • C’est pas honteux, ça arrive à quasiment tout le monde
  • Tu peux aller en pharmacie sans ordonnance pour récupérer des ovules, pas besoin d’attendre ton RDV la semaine prochaine chez ta/ton MG ou pire dans un mois avec ta/ton gynéco.
  • Ça n’a pas grand chose à voir avec une mauvaise hygiène sauf cas exceptionnels (à part si tu te laves trop ou si tu utilises des produits trop agressifs)
  • Bois de l’eau (c’est valable pour absolument tout en médecine)
  • Pour ce qui est de l’huile de coco et les HE genre Tree Tea, je ne sais absolument pas…J’aurais tendance à dire que les HE peuvent être agressives. L’huile de coco, j’ai des patientes qui ont testé, ça peut dépanner donc tendance à dire : Si vraiment tu es dans la jungle, que tu ne peux pas consulter et que ta vulve ressemble à un choux-fleur.
  • En période critique, je sais bien que tu n’auras ABSOLUMENT PAS ENVIE DE T’EPILER mais je préfère quand même le dire (il y a peut-être des psychorigides des poils pubiens) LAISSE TES POILS TRANQUILLE. Une fois l’épisode passé, si par souci esthétique, tu veux te débarrasser de tes poils pubiens innocents, OUBLIE LE RASOIR et PREFERE LA CIRE.
  • Cher.e.s partenaires, merci de comprendre qu’en crise, la libido s’approche de -1000 en général, donc respectez aussi nos vulves
  • Tous les « bio » ne se valent pas, lis les étiquettes et si tu vois marquer « VERVEINE EXOTIQUE » FUIIIIIIIS!

Peace

PS: J’aime pas le terme « toilette intime » ça donne un petit côté « spécial, secret, à part » du coup je dis plutôt toilette vulvaire. C’est comme pour l’histoire des « protections hygiéniques », mais bon tu sais que je n’aime pas faire comme tout le monde

 

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Mes petits kiffs

« La vie est belle, partout »

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Paris, France, Septembre 2018

Il y a des matins où je me demande si tout ça sert à quelque chose

Si ça change vraiment quelque chose

Si les choses changeront un jour

Il y a des matins où j’ai un peu envie de baisser les bras

Parce que je me sens seule

Et que j’aimerai faire plus

Il y a des matins où je ne sais pas quoi faire

Pour aider

Pour transmettre de l’amour

Et puis à chaque soir de ces matins là

Je reçois un message, un sourire

Quelque chose qui me fait me dire : « Finalement, si, ça compte ce que tu fais« 

« Grâce à toi, il y a au moins quelqu’un qui a souri, quelqu’un qui a entendu, quelqu’un qui a réfléchi« 

J’ai lu il y a quelques temps, La part du colibri De Pierre Rabhi (ce monsieur est actuellement controversé sur des propos homophobes mais ce livre te parle d’écologie et en fait juste de la vie sur Terre).

Eh bien je suis un petit colibri, je transporte quelques gouttes dans mon bec et je fais ma part, celle que je juge nécessaire et que je peux apporter.

Des fois, je me sens bien impuissante mais je continue même en pleurant, comme ça au moins ça apporte plus d’eau.

Il y a des gens que je croise ici, ailleurs, en vrai, sur internet, qui me font de superbes compliments, que je suis une personne extraordinaire, que j’ai le coeur sur les mains. Je suis terriblement mal à l’aise, parce que je ne sais quoi répondre. Parce que ce n’est pas ce que je perçois de moi. Moi je fais juste de mon mieux pour être en accord avec mes convictions et les choses qui me tiennent à coeur.

C’est pas évident parce que je suis hypersensible, des fois la misère du monde je la prends, je la comprends, je la partage et ça me fait mal. Parfois, les ondes négatives me pénètrent et du coup je suis triste. Mais quoi qu’il arrive je fais de mon mieux, encore et toujours.

Des fois, je trouve le monde dans lequel je vis, un peu moche, parce que je ne le comprends pas, parce que selon moi avec de l’amour on pourrait faire tellement de choses. Quand je vois l’amour entre mon chien et les chattes de ma mère, je me demande pourquoi les humains ne s’entendent pas.

Mais j’essaie de voir le côté plein du verre parce que si pour vous, je fais des choses extraordinaires, c’est qu’il y a dehors des millions de gens qui font pareil et bien mieux.

Alors merci pour vos mots, merci pour votre soutien, merci de me rappeler qu’il y a des gens qui font de leur mieux et qui ne s’en rendent pas forcément compte et que chaque battement compte, chaque goutte compte…

Et que la vie est belle partout…

Il suffit de changer de lunettes…ou d’attendre 2-3 jours…

Love

PS: Je t’envoie du love

Quoi de neuf docteur?

Ma première année

 

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Paris, France, Septembre 2018

À mon anniversaire avec les potos, on a parlé d’un truc. Et puis en rentrant sur Paris, je suis allée au cinéma et j’ai vu une bande annonce me rappelant ce truc, du coup j’ai eu envie de vous parler de ce truc.

Ce truc c’est ma Première Année.

À mon époque ça s’appelait la PCEM1, c’était en 2006-2007 et j’étais à Bordeaux. J’avais 18 ans et un rêve : Passer en P2.

Mon rêve c’était même pas être médecin, mon rêve c’était de passer, tout simplement! Parce que sans ça…yavait rien! Parce qu’avec ça, tu avais le droit d’avoir d’autres rêves!

Le 1e jour, on a eu cours d’anatomie et le professeur a dessiné je ne sais plus quoi avec les 2 mains en même temps, dans un amphi déchainé divisé en 3 parties : les primants (les 1e première année), les doublants (les 2e première année) et les navalais (les élèves militaires).

En rentrant chez moi, j’ai vomi. J’habitais seule et ce jour là j’ai compris que tout cela ne dépendait que de ma force mentale.

Je ne connaissais qu’une seule personne sur Bordeaux et cette ville m’était étrangère.

La 1ere semaine, j’ai rencontré Svetlana, Nassim, Robin et Bertrand, grâce à une seule phrase « Tu ressembles à une fille de mon lycée, tu viens d’où? Martinique? Ah moi Mayotte » et voilà…

La 2e semaine, j’ai rencontré Jessica un soir de tutorat, dans un tramway à 22h : « Salut moi c’est Jessica, tu vas jusqu’où? »

Et puis d’autres dont je ne me souviens pas trop des noms.

Le 1er quadrimestre, j’ai bouffé des cours, je travaillais en amphi de nuit jusqu’à minuit et je rentrais chez moi pour dormir jusqu’aux cours du matin. La journée, j’allais à la bibliothèque, je mangeais des barres de céréales le midi sur place pour ne pas perdre de temps. C’étais la guerre à la bibliothèque, il fallait réserver ta place mais on pouvait te piquer tes notes…

Au tutorat c’était aussi un peu la guerre, il ne fallait pas trop montrer ton niveau, sur les résultats des sous colles, on t’insultait avec des « primant de merde » quand tu étais trop bien classé.e.

Les résultats du 1er quadrimestre sont tombés un mercredi. Je n’étais pas classée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et j’ai vomi toute la nuit. J’ai vomi tous ces cours, j’ai vomi toutes ces fiches.

Et puis il a fallu continuer…J’ai donc arrêté de manger tout court, j’ai changé de bibliothèque pour ne plus être en face d’autres P1 comme moi, je travaillais à la biblio jusqu’à 22h, je rentrais chez moi et je travaillais jusqu’à 4h du matin pour me lever à 8h. J’avais dans mon ventre un petit déjeuner et c’est tout.

Mon appartement de 20 m carré était rempli de fiches d’anatomie, de formules de biochimie, mes pauses c’était de l’histologie et mon seul moment de plaisir était mon shampooing hebdomadaire et les écritures de lettres à mes copines restées loin de moi. Le vendredi soir je m’accordais une pause aussi Sex And The City pendant que je faisais des annales.

J’ai tenu…Mais si on m’avait dit qu’il fallait continuer une semaine supplémentaire, mon corps aurait lâché.

J’ai eu envie de prendre des amphétamines, parce que certain.e.s en prenaient dans l’amphi et elleux étaient classé.es. Moi j’avais droit qu’au Guronsan et franchement c’était pas mal vu mon rythme cardiaque.

Je n’ai pas commencé le café ni le tabac mais par contre je suis devenue accro au Coca Cola et ça m’a pris presque 10 ans pour me sevrer.

Je n’avais pas internet, c’était un choix délibéré. J’ai pas pu surfer sur MSN, j’ai pas pu télécharger de musique, j’ai pas pu perdre de précieuses heures à rien faire. Mon père m’imprimait les cours qui étaient sur Internet et me les ramenait. (c’était faisable à l’époque, tout n’était sur la toile comme à présent)

J’avais un forfait téléphonique très limité pour ne pas perdre de temps à envoyer des sms et à appeler pendant des heures.

J’avais un fixe qui sonnait tous les soirs : ma mère

Je n’ai pas eu de petit copain parce que c’était un perte de temps.

Je n’ai pas eu le temps de pleurer parce que c’était une perte de temps.

Je n’ai pas vraiment fêté Noël, j’ai monté tous mes livres chez mes parents et j’ai révisé encore et encore.

Je n’ai pas eu le temps de me poser des questions parce que c’était une perte de temps et que pour tout ça, j’aurais le temps après le concours.

J’avais pas de plan B.

Ma seule préoccupation était comment encore gagner du temps pour pouvoir encore réviser plus.

J’ai fini à 36 kg cette année là.

Le dernier jour du concours, je suis rentrée chez moi, je n’ai pas fêté, j’ai décroché mes fiches sans les regarder pour ne pas regretter, j’ai effacé mes notes sur mon miroir de salle d’eau, j’ai débranché mon téléphone et j’ai dormi pendant presque 24h.

J’ai découvert que Bordeaux était une belle ville parce que jusque là je ne connaissais que La victoire, la bibliothèque Pey Berland, le centre commercial et la faculté.

Le jour des résultats, mes parents ont fait Paris-Bordeaux pour venir les voir avec moi (je crois qu’ils avaient peur que je me flingue). J’ai éteint mon téléphone à partir de l’heure d’affichage des résultats pour éviter les spoils.

On y est allés dans la nuit avec mon père. On a pris le tramway, j’avais les jambes qui ne tenaient pas, mon père m’a portée, on est allés devant ce fichu panneau d’affichage. La faculté était déserte, il faisait bon, mon coeur battait fort, j’ai cru que j’allais m’évanouir.

Ce panneau qui m’annonçait s’il me laissait continuer mon rêve ou pas…

J’étais reçue, j’ai crié, j’ai pleuré, j’ai passé des coups de fils…

Et puis j’ai regardé le reste du panneau, tous les rêves brisés…et j’ai été triste parce que ce concours était injuste. Une centaine de place pour presque 900 étudiants…

Il reflétait juste ta capacité à avaler des données et à les recracher, à identifier la faute dans la phrase, si le verbe était à l’indicatif ou au conditionnel, si c’était du singulier ou du pluriel…à griffonner des cases avec un stylo noir et pas bleu en faisant attention à ne pas te tromper de ligne. C’était con, fallait juste apprendre, apprendre, apprendre sans comprendre parce que tu n’avais pas le temps en fait. Tu maudissais les QCM 1/0, tu bénissais les QCM 1/0,5/0,25/0 et quand c’était du rédactionnel, tu ne faisais plus de phrases sujet-verbe-complément, c’était que des listes de mots clés.

À mon époque, on était encore en manuel, il y avait peu d’ordi sur les tables, on griffonnait à la vitesse grand V, aucun prof ne répétait, tu écrivais en abréviations, tu faisais des symboles, des lettres à l’envers, des gribouillis…ça ne prouve pas que tu seras un bon médecin ni même que tu es plus intelligent.e que ton voisin, ça montre juste que tu ne te poses pas de question…

En rentrant en P2, j’ai fait un équivalent de « baby blues » comme m’a dit mon médecin généraliste, parce que la P2 c’était dur encore, c’était différent mais ce n’était pas l’Eldorado qu’on nous avait promis et je me suis demandée si ça en avait vraiment valu la peine tout ça…

Et j’ai repensé à tous ceux qui n’avaient pas eu ma chance de faire un baby blues de P2…parce que sur tous mes potes on était que 4 à avoir réussi…

J’ai repensé aux yeux du P1 assis en face de moi à la bibliothèque, ses yeux qui pétillaient quand je sortais mes cours d’anglais médical qui montraient que moi j’étais en P2, que moi j’avais réussi, que moi j’étais son modèle…

Et j’ai continué…

Alors cette semaine quand j’ai appris la fin du numerus clausus, j’ai pleuré parce que j’ai repensé à tous ceux qui y ont eu droit et qui ont échoué…parce que ce concours était con…parce que je ne pourrais absolument rien te sortir de cette année et parce que la seule chose que j’ai retenu c’est que pour atteindre mon objectif…je suis prête à tout, même à mourir de faim…parce que je suis pleine d’espoir que les choses changent et que ce soit plus juste!


Merci à tous mes copains de P1: Svetlana, Nassim, Bertrand, Robin, Jessica, Leslie, Natacha, Laurence, Laure, Yves-Marie (même si je te détestais en P1), David, Prisca et les autres…

Merci à Jayson, mon ancien voisin, rencontré un jour de Carnaval et chez qui j’ai pleuré au début de ma P2.

Merci à tous mes profs du tutorat, malheureusement je ne me rappelle que de Thomas, Mister Embryo, qui m’a donné envie de devenir tutrice

Merci aux Navalais qui étaient très forts mais ne comptaient pas dans le classement donc me faisaient espérer.

Merci à mes professeurs de P1, notamment M.Merlio qui laissait le soleil entrer dans l’amphi et me faisait sourire quand il nous a annoncé en décembre que ça y est les journées allaient s’allonger, M.Caix (décédé en 2015) et M.Montaudon.

Merci à mes parents qui ont été présents pour moi, sont descendus me voir souvent, ont fait mes courses, mes lessives, sont venus pour les exams, les résultats, veillaient aux mêmes heures que moi.

Merci à ma Mamie Laure, qui est décédée cette année là pendant ma seule semaine de vacances sans quoi je n’aurais pas pu aller à son enterrement et qui savait qu’un jour je serais médecin.

Merci à mes copains d’avant pour toutes vos lettres.

Merci à toutes les personnes croisées pendant cette année.

PS: Peut-être que tu as vécu ta P1 différemment, peut-être même de façon très zen, peut-être même que tu as eu le temps de tout comprendre de ce que tu avais appris…peut-être que toi tu as tenté ce concours et que tu l’as raté, je suis assez partisante du « tout arrive toujours pour le mieux » et j’espère que tu es heureuxse dans ta vie et ton métier. Tu peux raconter tout ça en commentaire si tu le souhaites!

PS2: Malgré tout ça, j’ai adoré ma P1 parce qu’à ce moment là, j’ai su que j’étais capable de tout, que je n’avais aucune limite et que tout m’était possible.

PS3: Crois en tes rêves! 

PS4: J’ai pas aimé mes études de médecine globalement, ni le début ni l’externat ni l’internat. Par contre j’ai aimé passer ma thèse et j’adore mon métier actuel et ce que je fais n’a pas grand chose à voir avec ce que j’ai appris dans les bouquins en réalité…

Quoi de neuf docteur?

Elle a 22 ans

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Paris, France, Septembre 2018

Et 2 enfants.

Elle s’appelle Mme L et je l’ai vue pour la première fois, la semaine dernière. Une des dernières patientes. Elle était pressée, elle devait chercher le 1er à l’école. Je l’ai faite rentrer.

Elle m’a d’abord parlé d’une mycose, un truc récidivant, qu’elle avait tapé sur internet, qu’elle avait suivi des recettes de Grand-Mère et ça passait pas.

Elle m’a parlé de ses antécédents, du tabac, de son ulcère d’estomac, de son père décédé d’une embolie pulmonaire.

On a parlé de son moyen de contraception, de ses règles qui durent 30 ans…

On a parlé du stress dans sa vie.

C’est la première fois qu’on se voyait et elle m’a dit à plusieurs reprises « il n’y a qu’à vous que je peux dire ça« 

Et puis elle a posé cette question :

« Est-ce qu’il y a ici des gens pour aider les femmes?« 

Je lui ai demandé de m’expliquer ce qu’elle voulait.

Elle a 22 ans et 2 enfants. Elle est avec son mec depuis 6 ans, un amour de lycée. Tout allait bien et puis à la première grossesse, comme bien souvent dans ces cas là, les coups ont commencé à pleuvoir. Les coups, les insultes, les menaces.

Elle travaillait et elle n’a plus eu le droit, elle se promenait et elle n’a plus eu le droit, elle avait des copines et elle n’a plus eu le droit.

Elle est partie avec son enfant sous les bras, elle a repris le travail, elle a rencontré qqn et puis un matin, il l’a retrouvée. Elle, son nouveau mec, leur fils dans une nouvelle maison. Il a alors agressé le nouveau mec avec une arme devant les yeux de son fils. Tout le monde est en vie mais par contre tout le monde n’en est pas sorti indemne dans sa tête.

C’est en sang, que Mme L s’est retrouvée dehors en pyjama avec la police et c’est en ruine, qu’on l’a mise dehors de l’appartement compte tenu du « scandale« .

J’ai pas tout compris concernant la plainte mais bon…personne n’est en prison

Mme L est restée 5 jours à la rue avec son fils et puis le mec a rappelé en disant « qu’il voulait bien la récupérer même si elle avait fait la pute« .

Ne voyant pas trop d’autres solutions, elle est retournée chez eux et une chose en amenant une autre, elle est tombée enceinte encore.

Elle n’a plus le droit de fumer par le balcon, elle n’a plus le droit de sortir à l’épicerie. Elle ne peut aller qu’à l’école et chez le médecin.

Elle a 22 ans et une vie de 60…Et moi je la revois la semaine prochaine…et toutes les autres probablement…

Peace

PS: Je ne veux pas te déprimer, il existe encore des hommes corrects, attentionnés et aimants…enfin c’est ce que j’essaie de faire rentrer dans ma tête.

Quoi de neuf docteur?

« On ne fait pas des bébés quand on est soi-même un bébé »

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Paris, France, Juillet 2018

J’ai déjà entendu cette phrase ultra paternaliste et infantilisante pas mal de fois. À l’hôpital, dans des réunions de pairs, dans la bouche de collègues, d’ami.e.s etc…j’avais du mal, j’avais du mal…

Aujourd’hui, j’ai eu envie de la dire!

J’ai reçu Mme P. Mme P a 20 ans. J’ai suivi sa grossesse. C’était easy, à part un épisode d’agression physique par des inconnus.

Et puis Mme P a accouché. Elle m’a amené son bébé. Il était tout chou et Mme P était tout sourire.

J’ai fait ma photo de bébé et puis on lui a donné un rdv pour sa visite post-natale. (la fameuse)

Elle est arrivée, on a dit 2-3 conneries sur mes vacances et tout et puis la consultation a commencé.

« La fatigue? Bof non ça va »

« Le moral? Ah non moi le baby blues j’ai pas eu » (fan de tous les épisodes Baby Boom) 

Et puis j’ai creusé, parce que j’aime pas les mamans qui savent d’avance ce que je vais poser comme questions, genre elles se sont exercées.

« Vous ne pleurez pas? Vous n’êtes pas énervée? Sure? »

Et là, elle a craqué. Si elle s’énerve facilement. Contre qui? Contre son mec.

Son mec il a 23 ans, il vit la nuit, il dort le jour. Il ne travaille pas mais il regarde la télé toute la nuit et joue à la Play « Mon bébé est mieux réglé que lui » qu’elle m’a dit

Il ne sait pas changer une couche, ne veut pas apprendre parce que « de toute façon, un jour il n’en portera plus » qu’il aurait dit

Il donne des bonbons à son fils (le gamin a 2 mois), mais des « bonbons en fils, oui ceux qui piquent » (tu imagines bien même si tu n’y connais rien, qu’à 2 mois, des bonbons c’est pas terrible même s’il n’y a pas encore de dents)

Il a mis le bébé par la fenêtre ce matin, en couche (ce matin il faisait 16 degrés) pour « qu’il voit du paysage« . J’ai donc demandé s’il voulait faire le remake de Michael Jackson (ouais je sais, j’ai beaucoup d’humour). En plus à cet âge là…ça ne voit pas de loin un bébé…

Il ne veut pas passer au centre, parce que c’est le matin les pesées et « qu’il n’est pas du matin » (ben tu m’étonnes…si tu te couches à 6h du matin pour jouer à la play…)

Et puis…il réveille le bébé, parce qu’il est « l’heure de manger« …(un bébé qui va bien, ça se réveille tout seul quand il a faim en fait) il lui donne biberon et puis il lui retire brusquement pour le faire pleurer. Parce que ça l’amuse, il joue…(Bonjour le syndrome de frustration inutile)

Plus elle me parlait, plus je voyais un de mes ex et plus je me suis demandée si vraiment je ne voulais pas d’enfant ou si en fait, je n’avais pas voulu d’enfants avec lui.

Plus elle me parlait, plus je me demandais quel genre d’adulte, cet enfant sera vu tous les cracs que son père lui crée là « juste pour jouer » (ouais ouais…je sais, je dramatise un peu mais bon vu que ma principale peur concernant les enfants est justement d’abîmer mentalement mes gamins à cause de failles éducatives ou de mauvais dosage…forcément je pense comme ça)

Plus elle me parlait et plus je me suis dit « Mais en fait Mme P, elle a 2 gamins chez elle »

On a donc parlé de la charge mentale, de l’implication du père dans la maison, les tâches ménagères, dans l’éducation du petit et elle a sorti cette phrase qui m’a tuée

« Il ne faut pas trop lui en demander« 

Game Over!

Comment ça? Comment ça il ne faut pas trop lui en demander? MAIS MERDE ALORS! Un enfant c’est à deux, un couple c’est à 2, l’appartement c’est aux 2.

Pour faire redescendre mon énervement, on est passé à autre chose : la contraception.

Elle voulait un stérilet au cuivre. Pas de reprise des rapports sexuels, pas de risque de grossesse : Ok.

Le stérilet posé, je lui dis « Le stérilet est efficace tout de suite donc il n’y a pas de problème pour la reprise des rapports sexuels quand vous en aurez envie »

Elle a répondu : « ça risque pas »

Mais moi j’ai entendu : « ça risque pas? »

J’ai donc redit: « Non ça ne risque rien »

Elle a répété : « Non mais ça ne risque pas, il n’y aura pas de rapport sexuel là »

J’ai donc fait une tête perplexe et là…

« Il a une infection je crois, il a du pus qui sort de son truc depuis que je suis enceinte de 4 mois. Il ne veut pas aller voir de médecin, il a peur. Donc moi je préfère ne pas prendre de risque, même pas avec préservatifs »

GAME OVER

J’ai repensé à mon petit stérilet que je venais de poser et à un charmant gonocoque ou chlamydia remontant par les fils pour rendre Mme P infertile.

J’ai répondu « Ah ben surtout pas alors les rapports sexuels »

Je me suis gardée de dire que c’était probablement une IST et que bon…vu qu’on avait fait son dépistage à elle en début de grossesse et que tout était négatif…ben euh peut-être que…mais bon, j’ai pas vu le mec, ni son zgueg donc je ne peux pas faire d’affirmation mais ça ne m’a pas empêché d’y penser.

Mme P a conclu par un « De toute façon, je ne veux pas de 2e enfant maintenant, j’en ai déjà 2 à la maison »

J’ai ri et elle a fini par lâcher d’elle-même

« Ben c’est ça quand on fait des enfants avec des gamins…l’âge c’est pas physique c’est dans la tête« 

Conclusion : Réfléchis bien avec qui tu fais un enfant, je dis ça, je dis rien…

Peace

PS: T’inquiète j’ai mis l’équipe à domicile sur le dossier…